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L'Ile-de-France ne veut plus emprunter qu'aux banques vertueuses

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PARIS - La région Ile-de-France, qui emprunte chaque année environ 650 millions d'euros, entend choisir ses banques parmi les établissements...

PARIS (Reuters) - La région Ile-de-France, qui emprunte chaque année environ 650 millions d'euros, entend choisir ses banques parmi les établissements vertueux dans leurs rapports avec les paradis fiscaux et le blanchiment d'argent.

La première région de France s'apprête ainsi à traduire dans les faits les engagements de campagne d'Europe Ecologie, qui ont été repris par la majorité de gauche plurielle sortie des urnes en mars dernier et dirigée par le socialiste Jean-Paul Huchon.

La délibération, dont le texte a été validé mercredi, doit être soumise le 17 juin au vote du conseil régional, où la gauche dispose de la majorité absolue.

Le texte établit que le conseil régional demandera désormais aux établissements bancaires et financiers de faire la lumière sur leur "situation au regard des Etats et territoires non coopératifs" - une liste de 18 paradis fiscaux établie par le ministère de l'Economie.

L'Ile-de-France vérifiera également les "procédures et outils (mis) en place afin de lutter contre le blanchiment, la corruption et la fraude fiscale" et ces éléments "seront pris en compte dans le choix de l'établissement à retenir".

"Nous avons conscience que l'Ile-de-France ne va pas changer la face du monde toute seule mais nous espérons que cela suscitera des réactions vertueuses", a expliqué à Reuters Marie-Pierre de la Gontrie, vice-présidente socialiste chargée des Finances au conseil régional.

"L'Etat doit aller plus loin: il faut que la France modifie ses lois et que l'on puisse prendre des sanctions contre les établissements qui ne respecteraient pas ces règles de transparence", ajoute-t-elle.

"TOURNANT"

Presque toutes les banques françaises disposent de filiales dans les paradis fiscaux et Nicolas Sarkozy leur a demandé d'être exemplaires, sans brandir la menace de sanctions.

Avec un budget de 4,5 milliards d'euros, l'Ile-de-France est la première région de France, empruntant chaque année environ 650 millions d'euros sur les marchés. Elle "dispose d'une signature reconnue sur les marchés financiers", rappelle le projet de délibération, rédigé après consultation d'experts et d'ONG spécialisées dans la lutte contre la corruption.

Dans un entretien à La Tribune, la présidente du groupe Europe Ecologie au conseil régional, Cécile Duflot, assure qu'à terme l'Ile-de-France "refusera de prendre en compte les offres d'établissements qui ne possèdent pas toutes les garanties".

"Nous espérons un effet déclencheur, une prise de conscience des autres collectivités territoriales", a souligné la dirigeante écologiste, qui refuse de parler de "croisade" et défend une "démarche très pragmatique".

L'ONG Transparency International appelle dans un communiqué "les autres régions et les grandes villes françaises à relayer et amplifier" l'initiative francilienne.

La décision de l'Ile-de-France est "historique" pour Augustin Legrand, fondateur des Enfants de Don Quichotte et nouveau conseiller régional écologiste, qui a comparé mercredi cette mesure au "refus d'acheter des oranges pendant l'apartheid" qui a sévi en Afrique du Sud.

Pour Jean Merkaert, chargé de la question des paradis fiscaux au sein du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), la décision "marque un tournant".

"Pour la première fois, au lieu de s'attaquer à une liste forcément incomplète de paradis fiscaux, c'est à leurs principaux utilisateurs qu'on demande d'être transparents", se réjouit-il dans un communiqué.

Laure Bretton, édité par Yves Clarisse