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Cette FinTech veut vous faire profiter des meilleures offres d'épargne des banques européennes

Les épargnants allemands raffolent bien plus des dépôts à termes que les Français

Les épargnants allemands raffolent bien plus des dépôts à termes que les Français - QuinceMedia - Pixabay - CC

L'allemand Deposit Solutions s'attaque au marché français. Son idée: permettre aux épargnants de placer leur argent sur des comptes à terme proposés par des banques de 15 pays. Mais cette FinTech née à Hambourg est consciente que plusieurs obstacles se dressent sur sa route.

Le mot FinTech n'est pas encore très connu des Français. 83% d'entre eux ne sont ainsi pas familiers avec cette appellation, selon un sondage Harris Interactive pour Deloitte publié en mars dernier. Pourtant nombre d'entre elles (Leetchi, Ulule par exemple) s'imposent de plus en plus dans notre quotidien et se font même une place à côté des banques et assureurs "traditionnels".

L'allemande Deposit Solutions, elle, est venue combler un vide. Fondée en 2011 par Tim Sievers, un ancien professionnel du capital investissement, son concept est né d'un constat: entre les banques allemandes de détail qui ont beaucoup de dépôts de leurs clients, voire trop, et les banques spécialisées dans le financement de projets (crédit à la consommation, crédit automobile…), qui, elles, n'en ont pas assez, il manque un chaînon.

La FinTech met alors sur pied une plateforme pour faire l'intermédiaire entre ces deux types de banques. D'un côté les banques dites "banques clients" peuvent offrir à leurs déposants une offre élargie de dépôts à terme. De l'autre "les banques produits", vont avoir accès aux dépôts des clients de la première banque pour assurer leurs financements.

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- © Deposit Solutions

Aux deux bouts de la chaîne, il y a un besoin réel. "Le dépôt à terme est le produit d'investissement préféré des Allemands et ils y placent massivement leur argent. À tel point que les banques allemandes se retrouvent avec trop de cash et sont obligées de le replacer à des taux négatifs auprès de la BCE", explique Frédéric Thomine-Desmazures, directeur régional France Benelux Deposit Solutions.

Plutôt que de perdre de l'argent en rémunérant ces dépôts sans rien y gagner (en y perdant en fait), ces "banques clients" ont donc davantage intérêt à transférer une partie de ces dépôts à une autre banque, sans y perdre la relation client. "'La 'banque clients' qui a trop de dépôts perd aujourd’hui de l’argent en les replaçant à taux négatif. Avec notre plateforme elle va non seulement mieux satisfaire ses clients avec une offre de dépôts diversifiée mais aussi gagner de l’argent en touchant une partie de la commission", poursuit Frédérci Thomine Desmazures.

40 banques convaincues

Cette commission va être versée par "la banque produits" à Deposit Solutions. Pour cette dernière banque l'intérêt va être de récupérer des dépôts, une denrée qui avec la régulation s'avère précieuse. "Les régulateurs essaient de favoriser, via les ratios inclus dans la réglementation Bâle III, le financement des banques via les dépôts des clients", souligne ainsi Frédéric Thomine-Desmazures.

Depuis 2011, Deposit Solutions a réussi à convaincre 40 banques de 15 pays différents (30 banques "produits" et 10 banques "clients") dont Deutsche Bank.

Le difficile marché français

Désormais cette FinTech qui n'ambitionne rien de moins que de "transformer le marché européen du dépôt bancaire" (soit 10.000 milliards d'euros) a décidé de se lancer à la conquête de la France.

Elle annonce ainsi ce jeudi avoir planté une première banderille en signant un partenariat avec My Money Bank qui compte 200.000 clients en France. Une banque spécialisée dans le financement automobile et le crédit immobilier. Il s'agit donc d'une banque sans réseau, "une banque produits", à la recherche de dépôts.

C'est ce type d'établissement que Deposit Solutions cible en priorité. Quatre autres partenariats devraient ainsi être annoncés l'année prochaine. "En France, beaucoup d'épargne est dirigée vers l'épargne réglementée et est donc moins disponible pour le bilan des banques. Il y a donc beaucoup de banques qui sont en demande de dépôts", souligne Frédéric Thomine-Desmazures.

Mais cette concurrence des livrets bancaires réglementés, à l'inverse, rend le marché français plus difficile à capter pour Deposit Solutions. En Allemagne, ces livrets réglementés n'existent pas, ce qui explique pourquoi les Allemands raffolent tant du dépôt à terme, beaucoup moins utilisé par leurs homologues français. Seulement 5% de l'épargne financière des ménages est ainsi placée dans les dépôts à terme, alors que l'épargne réglementée en concentre trois fois plus, selon l'Observatoire de l'épargne réglementée. "En France, la concurrence des livrets réglementés rend plus difficile l'acquisition des clients", reconnaît Frédéric Thomine-Desmazures.

Négociations avec trois grands groupes

Malgré cela, Deposit Solutions compte aussi nouer des partenariats avec des "banques clients" en France. La FinTech est en discussion avec trois des six plus grands groupes bancaires et espère ainsi annoncer une signature au plus tard en 2019.

"L'épargnant français pourra, sur son compte bancaire, regarder ses relevés, faire des virements, mais aussi placer des dépôts bancaires dans des banques tierces sans avoir à y ouvrir de compte et pourra choisir parmi les offres des nombreuses banques partenaires que nous avons", décrit Frédéric Thomine-Desmazures.

Mais pour cela la FinTech devra faire face à un autre obstacle, explique son dirigeant: "L'autre difficulté est que la réglementation bancaire française impose d’autoriser la sortie anticipée des dépôts à terme, notamment pour l’achat d’une résidence principale ou la naissance du troisième enfant. C'est un sujet que nous devrons traiter dans les deux prochaines années car les dépôts ne fonctionnent pas comme cela dans les autres pays européens".

Julien Marion