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Affaire Kerviel: Sapin prend une armada de précautions pour recruter un ancien de Société Générale

Une décision très attendue dans l'affaire Kerviel va être rendue le 23 septembre par la cour d'appel de Versailles.

Une décision très attendue dans l'affaire Kerviel va être rendue le 23 septembre par la cour d'appel de Versailles. - Kenzo Tribouillard - AFP

Le ministre des Finances Michel Sapin a décidé de nommer Thierry Aulagnon, un ancien de la banque, au poste de directeur de cabinet, quelques semaines avant une décision de justice très attendue dans l'affaire Kerviel. Pour éviter tout conflit d'intérêt, il appelle ses collaborateurs à ne pas traiter certains dossiers avec le nouveau venu.

Michel Sapin marche sur des oeufs. Le ministre des Finances a pris un luxe de précautions pour recruter à un poste stratégique un ancien haut dirigeant de la Société Générale. Ce en raison notamment d'un risque de conflit d'intérêt lié à l'affaire Kerviel, selon des informations obtenues par l'AFP auprès de son cabinet.

Démarche inédite, Michel Sapin avait ainsi consulté la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) avant de nommer Thierry Aulagnon au poste très stratégique de directeur de cabinet, que ce dernier occupe depuis le 3 août.

Une déduction fiscale en question

Le ministre a aussi écrit à ses collaborateurs en leur demandant de court-circuiter le nouveau directeur de cabinet pour toute question relative à la Société Générale, selon une lettre dont l'AFP a eu copie.

Énarque, Thierry Aulagnon avait déjà été de 1992 à 1993 directeur de cabinet de Michel Sapin, alors ministre de l'Économie et des Finances, avant de travailler dans le secteur financier.

Ce sexagénaire a ainsi été directeur général de l'assureur Gan puis haut dirigeant à la Société Générale, avant de prendre sa retraite en 2015. Or le ministère des Finances pourrait bientôt devoir se confronter au géant bancaire dans le cadre de l'affaire Kerviel.

En vertu d'une disposition fiscale réservée aux entreprises victimes de fraude, la banque avait bénéficié d'un bonus d'environ 2,2 milliards d'euros, compensant en partie la perte de 4,9 milliards d'euros imputée en janvier 2008 aux agissements frauduleux de l'ex-trader.

Ce bonus pourrait être remis en cause par une décision de la cour d'appel de Versailles, attendue le 23 septembre, et concernant les dommages et intérêts réclamés au civil à Jérôme Kerviel, déjà condamné au pénal.

Des consignes pour les collaborateurs

Michel Sapin lui-même a fait savoir que si la justice épinglait à cette occasion des défaillances de la banque, il faudrait peut-être "reconsidérer" ce crédit d'impôt controversé.

Dans ces conditions, "afin de prévenir tout risque de conflit d'intérêt ou toute interrogation sur de possibles conflits d'intérêts" de Thierry Aulagnon, le ministre a donc adressé une série de consignes à ses collaborateurs les plus proches.

Dans sa lettre datée du 27 juillet, le ministre les invite à "considérer que la direction du cabinet est assurée à compter du 3 août par Thierry Aulagnon sous la réserve suivante."

"Pour l'ensemble des questions (concernant) la Société Générale, Thalès, BPCE et Air-France-KLM et (les) sociétés 'We share bond' et 'MAB Finances", autant d'entreprises auxquelles Thierry Aulagnon a été lié d'une manière ou d'une autre, les collaborateurs devront l'ignorer et s'adresser exclusivement à deux autres responsables du cabinet, selon ce courrier.

"Je vous remercie d'en tenir compte également dans l'adressage des notes", écrit Michel Sapin, en invitant ses collaborateurs à respecter "strictement" ces consignes.

J.M. avec AFP