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Pourquoi l'entreprise ne peut pas forcer ses salariés à déconnecter

"La loi El Khomri va forcer les entreprises à prendre des mesures pour aider leurs équipes à déconnecter en dehors des heures de bureau. Déjà, certains grands groupes expérimentent des solutions avec plus ou moins de succès. "

Vous vous souvenez de la chanson de France Gall, “Débranche”? C'était en 1984. Les smartphones n’existaient pas, les tablettes encore moins, et même pas les bippers. Aujourd’hui, merci Apple et Blackberry, trois quarts des cadres consultent leurs mails professionnels en dehors du bureau.

Cette tendance à ne jamais déconnecter nuit à leur repos, à leur santé, et en bout de course, à leur productivité. Au-delà de ces enjeux, l’entreprise va devoir se saisir de ce sujet, la déconnexion. La loi El Khomri va l’obliger à prendre des mesures avant la fin 2017. Mais déjà, beaucoup de grands groupes comme les entreprises du numérique, membres du Syntec, ou d'autres comme Allianz, Areva, Axa, La Poste, ont pris les devants.

Les secrets de l'entreprise en danger

Comment font-ils? En fait, ils ne forcent pas leurs salariés à déconnecter. Ils pourraient les contraindre, comme le fait Volkswagen en Allemagne. Entre certaines heures, les boîtes mails professionnelles sont bloquées, il est impossible d’envoyer ou de recevoir des mails.

Mais les entreprises françaises qui avaient tenté ont vite reculé. Parce que des irréductibles continuaient de s’envoyer des mails, mais du coup via leur boîte personnelle. Or ces messageries ne bénéficient pas du tout de la même protection informatique que les messageries professionnelles. Donc les services informatiques ont mis le holà, estimant que ces échanges faisaient peser trop de risque sur les secrets de l’entreprise. 

Des salariés drogués aux mails

Du coup, ces entreprises misent plutôt sur l’incitation, à l'instar des pionniers de la déconnexion, Areva et l’assureur Allianz. Depuis plus de trois ans, ils ont des accords internes concernant la "bonne utilisation des nouvelles technologies de l'information". Ces accords stipulent notamment que les envois de mails le soir et le week-end doivent être découragés. Si on reçoit quand même un mail à minuit, il faut attendre le lendemain matin pour réagir. Les managers donnent l’exemple, et communiquent pour décomplexer leurs équipes.

Le problème de la connexion permanente, en réalité, vient peut-être des salariés eux-mêmes: les plus réticents à lâcher leur "doudou numérique" qui deviennent à la fois victimes et bourreaux sur ce sujet. Des coachs s'inquiètent de voir défiler de plus en plus de clients pour qui consulter et envoyer des mails est réellement une addiction, comme une drogue.

Mais les mesures portent quand même leurs fruits. Chez Areva et chez Allianz, depuis la signature des accords, le nombre de mails échangés sur le temps personnel a fondu de moitié.

Nina Godart