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Les accidents du travail concernent de plus en plus les affections psychiques

Pour l'assurance maladie, il est essentiel de développer un accompagnement spécifique pour les personnes souffrant d'affections psychiques.

Pour l'assurance maladie, il est essentiel de développer un accompagnement spécifique pour les personnes souffrant d'affections psychiques. - Free-Photos- CC

En 2016, l'Assurance maladie a reconnu 10.000 affections psychiques au titre d'accident du travail, soit 1,6% des cas reconnus. Un chiffre qui ne cesse d'augmenter alors que le taux de sinistre global est, lui, en recul.

Une lombalgie à cause de charges trop lourdes à porter, un bras cassé après avoir glissé sur le sol de l'entreprise, voici des cas qui relèvent des accidents du travail. Mais certaines affections psychiques, comme des troubles anxieux ou encore un état de stress post-traumatique, sont également des pathologies qui peuvent entrer dans cette catégorie. Et leur nombre ne cesse d'augmenter. 

Selon un rapport de l'Assurance maladie, 10.000 affections psychiques ont été prises en charge au titre des accidents du travail en 2016. Ce qui représente 1,6% des cas reconnus cette année-là. Si la proportion reste minime, son augmentation constante ces dernières années a de quoi inquiéter alors que le nombre global d'accidents recule: la progression était d'environ 10% par an entre 2011 et 2014, puis de 5% en 2015 et 1% en 2016.

Aux accidents du travail, s'ajoutent les maladies professionnelles, telles que la dépression, qui elles aussi sont en hausse. 596 cas ont été reconnus en 2016, soit 7 fois plus qu'il y a cinq ans. Pour 2017, l'Assurance maladie s'attend à atteindre les 1500 demandes de reconnaissance de maladies psychiques, soit 400 de plus qu'en 2016. "Les gens sont mieux informés, donc cela joue dans cette augmentation", nuance Marine Jeantet, directrice des risques professionnels à l’Assurance maladie.

Le contact avec le public est un facteur de risque

Les salariés ne sont pas tous égaux devant les maladies psychiques. L'Assurance maladie a identifié les secteurs les plus exposés: le médico-social concentre 20% des accidents du travail liés à une affection psychique, alors qu'il emploie seulement 10% des salariés. Le secteur des transports est lui aussi très touché, avec 15% des cas recensés, et le commerce de détail qui concentre 13% des affections psychiques reconnues comme accidents du travail.

Le point commun à ces secteurs: un lien avec le public. Les salariés victimes d'une agression, de menaces, d'un braquage peuvent développer des troubles psychiques qui pourront être reconnus comme accident du travail. D'autant que ces éléments déclencheurs externes viennent se superposer à des problèmes de fond. "Dans ce type de travail, l'autonomie se réduit, la charge de travail est de plus en plus importante, on rencontre aussi de plus en plus de conflits de valeurs", ajoute Hervé Laubertie, responsable du département prévention au sein de l'Assurance maladie. Les horaires atypiques (travail de nuit, planning changeant) ainsi que des relations tendues entre collègues ou la hiérarchie augmentent aussi les probabilités de souffrir d'affections psychiques. 

C'est pourquoi un entretien d'évaluation tendu, une réunion qui tourne au règlement de comptes peuvent aussi être reconnus comme l'élément déclencheur d'un accident du travail. "Dans ces cas-là, ces événements sont les révélateurs de conditions de travail difficiles, de vrais problèmes de fond", précise Marine Jeantet, qui peuvent mener à des dépressions et à des états d'anxiété profonds.

Accompagner le retour à l'emploi

Les données recensées par l'Assurance maladie permettent de déterminer le profil type du salarié victime de ces pathologies. Il s'agit majoritairement de femmes (près de 66% des cas) ayant en moyenne 44 ans. "Il ne faut pas en conclure une fragilité particulière des uns et des autres", met en garde Pascal Jacquetin, responsable de la mission statistique au sein de l'Assurance maladie. Mais les femmes sont celles qui exercent les métiers les plus exposés aux risques de troubles psychosociaux, et elles représentent la majorité des effectifs dans les professions médicales et le commerce.

Pour l'Assurance maladie, il est essentiel de développer un accompagnement spécifique pour les personnes souffrant d'affections psychiques. La durée de leur arrêt de travail est plus longue que pour les autres pathologies (112 jours en moyenne contre 65 jours) ce qui rend le retour à leur poste plus difficile. De plus, retourner travailler dans les mêmes conditions qu'avant, en étant toujours exposés aux facteurs d'agressions, multiplient les risques de rechute.

"Il faut peut-être alors songer à une reconversion, ou bien une formation pour acquérir des compétences et évoluer dans sa vie professionnelle", avance Marine Jeantet. Pour cela, l'Assurance maladie souhaiterait tester des séances de coaching pour les aider dans leur réinsertion. C'est une piste, car il n'existe pas de réponse standardisée pour ce type de pathologie.

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Coralie Cathelinais