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Comment savoir si quelqu'un est réellement débordé?

La réponse diffère naturellement selon les personnes: là où certains verront une charge de travail normale, d'autres s'estimeront sous l'eau. Plusieurs grandes entreprises lancent des initiatives pour estimer le travail fourni par leurs salariés et éviter les débordements.

Qu'est-ce qui fait que vous avez le sentiment de ne pas avoir assez de temps pour tout faire? Vous travaillez le week-end ou bien faites plus de 35 heures par semaine pour rendre vos dossiers à temps? Vous enchaînez les rendez-vous avec des clients pénibles qui vous demandent un surcroît de travail? Quand on demande à quelqu'un s'il se sent débordé dans son boulot, la réponse sera forcément subjective. Une personne qui se sent reconnue ou qui aime son travail accepte beaucoup plus facilement une grosse charge de travail. S'ajoute également la question de la productivité individuelle: quand quelqu'un met une heure pour boucler l'ordre du jour d'une réunion, d'autres mettront deux heures en déployant une énergie folle.

La charge de travail ne peut donc pas prendre en compte uniquement le temps que l'on y a passé. Or la question est cruciale car dans le projet de loi de la réforme du travail porté par Myriam El Khomri, il y a une proposition sur la simplification du forfait jour. L'objectif vise à assouplir les démarches permettant d'allonger la durée du travail en optant pour le comptage en jours de travail sur l'année et non plus en heures par semaine. Du coup, le calcul de la charge de travail par jour va devenir essentiel.

Traquer ceux qui travaillent trop

Comment faire? Plusieurs initiatives sont déjà en cours. Dans l'aéronautique, le cabinet Silamir est en train de questionner 3.000 cadres et ingénieurs sur leurs contraintes temporelles. Il leur demande s'ils travaillent dans l'urgence, s'ils dépendent d'un tiers dans leurs tâches, s'ils sont interrompus régulièrement… L'objectif est de traquer les "irritants", c'est à dire ce qui fait perdre du temps. Les premiers retours font ressortir que dans "70% à 80% des cas c'est lié au digital: les 50 mots de passe à saisir, les ordinateurs qui plantent".

Autre initiative de l'Anact (Agence pour l'amélioration des conditions de travail): mesurer l'écart entre charge de travail prescrite et charge de travail réelle, cet écart dépendant des moyens mis à la disposition du salarié. De son côté, le groupe Bosch a décidé de faire badger ses 2.000 cadres au forfait jours. L'initiative n'est pas destinée à mesurer le temps de travail mais le temps de repos. En cas de non-respect des 11 heures obligatoires, un mail est adressé automatiquement au salarié et son manager. Une équipe d'ingénieurs a ainsi été rappelée à l'ordre en juillet dernier. Chez Orange, des discussions sont en cours depuis l'automne. Si elles aboutissent, ce sera un des premiers accords sur la définition de la charge de travail.

Laure Closier édité par C.C.