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Quand les salariés ne sont plus payés

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Crise oblige, les faillites d'entreprises se multiplient. Et avec elles, les salaires impayés. En un an, ils ont augmenté de 50%.

Conséquence de la crise, beaucoup d'entreprises en faillite ou en liquidation judiciaire ne parviennent pas à payer leurs salariés. Les impayés de salaires sont en augmentation de 50% sur un an. C'est donc l'Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés, l'AGS, l'organisme patronal qui garantit le paiement des salaires dans les entreprises en faillite, qui prend le relais. Les sommes qu'elle attribue aux salariés concernés ont augmenté de 48 % entre octobre 2008 et fin septembre 2009. Pas loin de 2 milliards d'euros ont ainsi été versés à 300 000 personnes - un nombre de bénéficiaires qui a augmenté de plus de 40%.

« De plus en plus de patrons ne se payent plus »

Rappelant qu'en France « un patron gagne en moyenne 1850 euros par mois », Hervé Lambel, porte-parole du syndicat patronal "Créateurs d'emplois et richesse de France" (Cerf) explique : « avant d'en arriver à l'AGS et à la liquidation judiciaire, les patrons sont de plus en plus nombreux à ne plus se payer, ou en tous cas à être en dessous de leur rémunération habituelle. »

Des défaillances d'entreprises qui explosent

Pessimiste quant à l'avenir, Hervé Lambel dresse, chiffres à l'appui, un bilan inquiétant de la santé des entreprises : « On va dépasser cette année 70 000 défaillances entreprises, alors que les autres années, hors période de crise, on avoisinait 45 000. Et depuis un an, on a une augmentation des grosses défaillances d'entreprises, avec à chaque fois un plan social qui concerne beaucoup de salariés : 100, 200, 300, voire plus ! »

« Les salariés ne récupèrent pas la totalité des sommes dues »

Défendant de plus en plus de personnes qui se retrouvent sans salaire du jour au lendemain, Maître Myriam Laguillon, avocate spécialisée dans le droit du travail, constate avec regret que ces personnes ont peu d'espoir de récupérer l'ensemble des sommes qui leur sont dues via l'AGS : « parce que bien entendu, explique-t-elle, pour que le système perdure, ces sommes ont été plafonnées. Et ça peut être la quadrature du cercle, puisqu'elles sont axées sur des cotisations qui sont payées par les entreprises. Or, s'il y a de moins en moins d'entreprises, il y a de moins en moins de cotisations, et donc de moins en moins d'AGS. Il faut aussi savoir que les AGS n'hésitent pas à contester les sommes que réclament les salariés. Et dans le meilleur des cas, le salarié peut être payé dans les 2 mois, mais ça met généralement 3 mois en moyenne. »

La rédaction, avec Christophe Bordet