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Pourquoi de plus en plus de Français sont tentés de s’expatrier

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- - Abendani- CC

"Plus de 1,7 million de personnes ont choisi de travailler hors de nos frontières. Pas pour des ponts d’or, mais avant tout pour enrichir leur carrière professionnelle et bénéficier de meilleures opportunités."

Tout le monde a dans son entourage un cousin, un copain de promo, un voisin parti travailler hors de nos frontières. Rien d’étonnant à cela, depuis les années 2000, les Français sont de plus en plus nombreux chaque année à quitter le pays pour des raisons professionnelles. Fin 2015, il étaient 1,71 million à être inscrits au registre des Français établis hors de l'Hexagone, soit une progression de 1,8% par rapport à l’année précédente. Mais en réalité, ils seraient entre 2 et 2,5 millions, tous n’ayant pas pris le soin de se faire recenser, de l'aveu même du ministère des Affaires étrangères.

Si chacun de ces expatriés a sa propre histoire et ses propres motivations, la sclérose du marché de l’emploi dans l'Hexagone est l’un des moteurs principal. “Il faut être conscient que la France n’est pas le pays le plus dynamique en terme de recrutement et d’opportunités professionnelles”, met en avant Julien Faliu, créateur du site Expat.com et lui même parti s’installer à l’île Maurice.

L'Europe en tête des destinations

Pour les jeunes cadres à la recherche de poste intéressant, partir à l’étranger n’est pas un problème, puisqu’ils ont très souvent déjà connu des premières expériences hors de nos frontières lors de leur étude. “Avant, les provinciaux montaient à Paris pour faire carrière. Aujourd’hui, il leur est tout aussi facile d’aller à Londres, notamment s’ils travaillent dans la finance, ou encore en Allemagne s’ils cherchent un job dans l’industrie”, ajoute Julien Faliu. Car l’expatriation n’est pas forcement synonyme d’un départ à l’autre bout de la terre. Plus de la moitié des mouvements d’expatriation se fait vers des pays européens. La Suisse arrive d'ailleurs en tête des terres d’accueil.

Cet exil volontaire s’avère aussi un booster de carrière, puisque ces expatriés pourront profiter de mentalités plus ouvertes, notamment vis à vis des jeunes. “Les compétences sont mieux valorisées au Canada ou à Londres. Dans ces pays, on n’hésitera pas à donner à un trentenaire des responsabilités alors qu’en France, ce privilège est plutôt réservé aux quadras”, regrette le créateur d’Expat.com. Les cadres en milieu de carrière pourront eux aussi profiter d’une expérience à l’étranger pour trouver des opportunités que les entreprises françaises ne leur offraient plus.

Devenir chef d'entreprise

Mais il ne faut pas uniquement se focaliser sur le statut de salarié. Cela peut aussi être l’occasion de devenir chef d’entreprise. En Australie et en Nouvelle-Zelande, de nombreux patrons cherchent un repreneur pour leur affaire. Faute de le trouver, nombre d’entreprises ferment. L’expatriation peut aussi être la voie choisie par des entrepreneurs, pas uniquement parce que les marchés s’y annoncent plus prometteurs.”Certains font le choix d’un pays parce que la législation du travail y est plus souple, les formalités de création d’entreprise rapide ou encore parce que la fiscalité y est moins élevée qu’en France”, détaille Julien Faliu.

Fini le temps des ponts d'or

Pour autant, l’expérience peut parfois tourner à la déception. “Il ne faut pas croire que l’herbe est plus verte ailleurs, en revanche, elle est d’un vert différent”, souligne avec humour l’expatrié. Car il est fini le temps où les entreprises faisaient un pont d’or à leurs salariés pour qu’ils partent en mission un ou deux ans pour développer un projet à l’international. Arriver dans un pays avec un appartement déjà loué, une école trouvée pour les enfants, cela devient rarissime. Désormais les expatriés sont recrutés directement par les entreprises étrangères et sont sous contrat de droit local. Avec pas forcément le même nombre de jours de congé qu’en France, ni même une protection sociale aussi généreuse.

De ce fait, il ne faut pas se focaliser sur le seul montant du salaire, il faut le comparer avec le niveau de vie local. Il faut aussi tenir compte des temps de transports dans les mégapoles, la culture locale, et des différences de rythme de travail. “Une cadre qui travaillait en Corée du Sud m’a raconté que sa boite avait coutume d’organiser des dîners, mais ce n’était pas pour la convivialité: il s’agissait de faire rester sur place les salariés pour qu’ils bossent encore une fois le repas avalé”, cite en exemple Julien Faliu.

Coralie Cathelinais