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Moussa Camara, l'homme qui fait entreprendre en banlieue

VIDÉO - Engagé dans l'associatif et l'entrepreneuriat depuis dix ans, le trentenaire a créé Les Déterminés, une association qui veut aider les jeunes à se lancer, en misant notamment sur le réseau de Pierre Gattaz.

À tout juste 30 ans, Moussa Camara, lui-même entrepreneur, a joué un rôle majeur dans la naissance de 25 entreprises en banlieue, et l'élaboration d'une cinquantaine d'autres par des jeunes des quartiers. Des projets mûris par leurs porteurs au sein des Déterminés, la formation que Moussa Camara a fondée en 2015 et pour laquelle le Val d'Oisien a reçu lundi un BFM Award.

Déterminé, Moussa Camara l'est sans nul doute. À 21 ans, après les émeutes de 2007 en banlieue, il obtient de la mairie de Cergy la reconstruction d'un terrain de sport via son association, Agir Pour Réussir. Un peu plus tard, la municipalité confiera la gestion des espaces sportifs à l'association. C'est également à cet âge, alors qu'il est encore en bac pro logistique, qu'il fonde sa première entreprise dans les télécoms. Il se rend alors compte de la difficulté de remplir son carnet de commandes lorsqu'on manque de technique commerciale et du bon réseau.

Peu importe le niveau d'études et l'expérience

Après un voyage aux États-Unis qui lui fait prendre conscience que pour améliorer les conditions sociales d'existence, il faut créer localement de la richesse, Moussa Camara décide de monter Les Déterminés: "Un programme de formation qui a pour but de démocratiser l'entrepreneuriat des jeunes dans les quartiers populaires et dans les milieux ruraux", explique-t-il.

Les postulants, accueillis quel que soit leur niveau d'études et leur expérience, suivent chez Les Déterminés une formation intensive de 5 semaines, suivie d'un accompagnement de six mois, avec "des ateliers autour de la posture entrepreneuriale, du développement personnel", détaille Moussa Camara. Ils apprennent à "lever les freins, à pitcher leur projet devant un jury, à travailler sur leurs chiffres: on rentre vraiment dans les détails", précise-t-il.

Et surtout, "on leur ouvre un réseau, on leur attribue un mentor", pointe le trentenaire. Un réseau première classe, issu notamment du carnet d'adresses du patron des patrons, Pierre Gattaz. Quand Moussa Camara le rencontre à une soirée au Sénat, il lui propose sans trop y croire de venir rencontrer les wanabee entrepreneurs de Cergy Pontoise. Pierre Gattaz, qui se dit "séduit par son dynamisme et sa volonté de changer les choses", débarque avec son équipe.

"Au Medef, nous avions fait le constat que de nombreux porteurs de projets d’entreprise dans les quartiers n’osent pas se lancer, le plus souvent par dépréciation de soi, par manque d’accompagnement ou d’accès au financement. Nous voulions contribuer à lever les obstacles qu’ils rencontrent", explique Pierre Gattaz.

Le Medef accueille Les Déterminés avenue Bosquet

De son côté, Moussa Camara cherchait justement "des parrains emblématiques, des entrepreneurs de qualité, connus". Ainsi, les premières sessions de formation se déroulent au siège du Medef, sur la très cotée avenue Bosquet.

Depuis, aux côtés de profs de grandes écoles et d'entrepreneurs moins connus, les grands noms de l'économie ont défilé pour jouer les "guest speakers" auprès des Déterminés. Le chef Thierry Marx, le co-fondateur de Sigfox Ludovic Le Moan, Fany Péchiodat de MyLittleParis. Ou encore "des experts de l'audit et de la finance de chez Mazars, de gros incubateurs comme Station F et Numa qui mettent à disposition des moyens humains et matériels", liste le fondateur de la structure.

"On réunit deux mondes qu'on a essayé d'opposer depuis des années: le monde économique et les jeunes. On rapproche ces univers, on casse les a priori, et les gens travaillent ensemble", se félicite Moussa Camara.

En deux ans, 99 personnes ont été formées, dont 25 ont créé leur entreprise dans les nouvelles technologies, l'alimentation, la restauration, le prêt-à-porter. 51% sont en cours de développement de leur projet. Et une particularité chez les Déterminés: "Il y a 61% de femmes dans nos formations". Largement plus que la toute petite part de 22% d'entrepreneuriat féminin sur le total en banlieue, recensée dans le rapport de BPI France et Terra Nova paru l'année dernière.

Nina Godart