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Loi Travail: Martinez ne demande plus le retrait du texte

Laurent Berger (à gauche) et Philippe Martinez, ont débattu sur RTL ce lundi soir.

Laurent Berger (à gauche) et Philippe Martinez, ont débattu sur RTL ce lundi soir. - Fred Bukajlo / Sipa Press pour RTL

"Les deux représentants syndicaux étaient face à face ce lundi soir sur RTL. Si Laurent Berger (CFDT) croit en l'équité de la négociation en entreprise, Philippe Martinez (CGT), lui, redoute un risque de "chantage" de la part du patronat. Et rien ne semble pouvoir les faire évoluer sur cette question."

C'était un duel très attendu. Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, était face à celui de la CFDT, Laurent Berger, ce lundi soir sur RTL.

Quelle attitude adopter dans le cadre de la réforme du Code du Travail, à l’heure où les appels à la grève se multiplient? Et que les négociations sont au point mort, notamment au sujet de l'épineux article n°2. Une question sur laquelle les deux représentants syndicaux se sont de nouveau écharpés ce lundi soir.

La CGT prête à revenir négocier, "sans préalable"

Le débat de ce soir aura au moins apporté une nouveauté: la CGT se montre désormais prête à rouvrir les négociations avec le gouvernement. "Etes-vous prêt à revenir à la table des négociations?", a demandé Marc-Olivier Fogiel:

"Oui, oui" a répondu Philippe Martinez. Il n’y a aujourd’hui "aucun préalable pour retourner à la table des négociations" a-t-il assuré.

Sous-entendu, le retrait de l’article 2 n’est pas une condition sine qua non. En revanche, le leader syndical souhaite qu’il soit grandement modifié. 

L’article 2 est justement le point qui cristallise la différence de méthode entre les deux syndicats. Cet article de la loi El Khomri fait craindre une inversion de la "hiérarchie des normes". C’est-à-dire qu’il donnerait la prééminence aux accords d’entreprise sur les accords de branche et les accords nationaux.

Risque de chantage

"Le point de blocage, c’est la négociation en entreprise", a lancé Laurent Berger. "Pour nous, le problème c’est aussi la question du référendum" a rétorqué Philippe Martinez, le leader de la CGT. Il y voit un risque de chantage des chefs d’entreprises envers les salariés. Une idée que ne partage pas le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. Il a assuré faire partie de ceux "qui n’ont pas peur que les salariés s’expriment", expliquant ne pas redouter un tel chantage.

"Je pense qu’on est en dehors des réalités quand on croit que cela se passe comme ça (…) Je te trouve un peu naïf", lui a asséné Philippe Martinez. Pour la CGT, en effet, une négociation au niveau de l'entreprise ne devra jamais être moins avantageuse pour un salarié que ce qui est prévu dans une convention collective.

"Le syndicalisme est à un tournant"

Laurent Berger a de son côté défendu sa méthode: "Dans notre pays, on ne comprend pas ce qu’est une négociation. Si on veut s’engager sur le long terme, il faut savoir négocier!". Avant d’insister:

"Le syndicalisme est à un tournant. Nous devons faire la preuve de notre utilité, sinon on va se passer de nous".

Prenant l’exemple des négociations menées chez Renault en 2013 dans le cadre de "l’accord compétitivité-emploi", Laurent Berger a défendu les avancées obtenues. "La négociation collective ne permet pas simplement de faire le moindre mal mais d’avoir des avancées partielles, qui ne sont pas définitives".

"Ce ne sont pas des avancées partielles, ce sont des reculs partiels", l’a coupé Philippe Martinez, dans un échange qui illustre la différence profonde de vision entre les deux hommes.

Apaisement

Les deux hommes se sont néanmoins entendus sur un appel à l’apaisement au sujet des tensions entre manifestants de syndicats différents, en marge des cortèges.

Philippe Martinez a reconnu que "le climat malsain autour des mobilisations et le débat insuffisant autour de la loi Travail" peuvent générer "de la colère". Laurent Berger a souligné son respect du "pluralisme syndical" et demandé "le même respect à l'égard des militants de la CFDT, ce qui n'est pas toujours le cas", a-t-il estimé.

A.R.