BFM Business

Les chiffres d'octobre vont-ils amorcer l'inversion de la courbe du chômage?

Le taux de croissance nécessaire pour créer des emplois se situent entre 1,5% et 1,6%.

Le taux de croissance nécessaire pour créer des emplois se situent entre 1,5% et 1,6%. - -

Le ministère du Travail va publier, ce jeudi 28 novembre, les chiffres du chômage pour octobre. Ce mois est crucial pour le gouvernement qui doit toujours composer avec une croissance trop faible pour créer de l'emploi.

Les chiffres de l'emploi publiés ce jeudi soir 28 novembre par le ministère du Travail pour le mois d'octobre vont être cruciaux pour l'exécutif. D'eux dépendront en effet la possibilité d'inverser la fameuse courbe du chômage avant la fin de l'année, "la" promesse présidentielle numéro un.

C'est pourtant une mécanique cruelle à laquelle doivent faire face les politiques : sans croissance, l'emploi ne peut repartir. Jean-Marc Ayrault l'a lui-même reconnu. Le 20 novembre dernier, il déclarait que la courbe du chômage "ne s'inversera durablement que si la croissance revient".

Mais la croissance française a en tout cas marqué le pas au troisième trimestre. In fine, la promesse du gouvernement d'inverser la courbe du chômage avant la fin 2013, paraît compliquée.

A plus long terme, les prévisionnistes ne sont pas optimistes. Le 19 novembre, l'OCDE estimait ainsi que le chômage français ne baissera pas avant 2015, année où le taux sera monté à 11,1%. Et Jean-Marc Ayrault de souligner que "l’OCDE fait un constat qui est lié à la croissance".

Le gouvernement table sur 0,1% de croissance pour cette année et 0,9% en 2014, deux chiffres en phase avec les prévisions du FMI, de l'OCDE ou même de l'Insee.

Au moins 1,5% de croissance nécessaire

Seulement, pour commencer à créer de l'emploi, l'économie a besoin de davantage. Dans une note de juin 2013, Axelle Lacan et Robin Mourier, économistes du Crédit Agricole, calculent un taux de croissance de 1,57% nécessaire pour stabiliser le chômage. Dans un récent entretien au Monde, leur collègue de l'OFCE Eric Heyer évoque, lui, 1,6%. Or, la France n'a pas connu un tel élan depuis 2011.

Hélène Baudchon, économiste chez BNP Paribas arrive, elle, à un taux de 1,5%. Elle précise néanmoins que ce chiffre clef "dépend de plusieurs facteurs, notamment des gains de productivité, c’est-à-dire de la croissance générée à main d'œuvre constante".

Des sureffectifs

"Une baisse des gains de productivité a des effets positifs à court terme (plus d’emplois pour une croissance donnée). Mais à long terme, c’est le signe d’une moindre efficacité. Cela tire vers le bas la croissance et limite la progression des salaires", nuance Hélène Baudchon.

Par ailleurs, le retour d'une croissance forte ne signifie pas automatiquement le rebond de l'emploi. Pendant la crise, les entreprises ont fait de la rétention de main d'œuvre. Elles se retrouvent désormais avec des sureffectifs qu'Eric Heyer chiffre à 250.000 postes.

Autrement dit, même si leurs perspectives s'améliorent, elles n'embaucheront pas tout de suite, laissant ces sureffectifs se résorber.

Julien Marion