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Le CV anonyme obligatoire, une erreur?

Pour Jean-Christophe Sciberras et son groupe de travail, il vaut mieux sensibiliser les entreprises que de les punir.

Pour Jean-Christophe Sciberras et son groupe de travail, il vaut mieux sensibiliser les entreprises que de les punir. - Paul J. Richards - AFP

Jean-Christophe Sciberras, président du Groupe de Travail "lutte contre les discriminations dans l’accès à l’emploi et au travail" a remis ce lundi son rapport au ministère du Travail. Il y préconise, notamment, de mettre fin à l'obligation du CV anonyme.

"Est-ce que le CV anonyme va résoudre tous nos problèmes? C'est peut-être une solution mais ce n'est pas la panacée". Voilà le résumé de Jean-Christophe Sciberras, président du Groupe de Travail "lutte contre les discriminations dans l’accès à l’emploi et au travail", qui était l'invité de BFM Business ce 18 mai.

Il vient de remettre au ministère du travail son rapport sur le sujet et il demande à mettre fin à l'obligation du CV anonyme. Ce dernier est obligatoire depuis 2006 pour les entreprises de plus de 50 salariés. Mais le décret d'application n'a jamais été publié.

Le gouvernement a donc chargé représentants syndicaux, patronaux et associatifs de se pencher sur la question, après que le Conseil d'Etat eut sommé le gouvernement de corriger l'anomalie. Résultat: "nous devons proposer une autre approche", explique Jean-Christophe Sciberras. L'idée n'est pas de supprimer le CV anonyme mais de "rendre ce dispositif facultatif dans la loi" et donc "de modifier celle-ci en ce sens".

Eventuels effets pervers

Selon le rapport, les opposants au CV anonyme ont fustigé "sa lourdeur et les éventuels effets pervers qu'il peut introduire dans les processus de recrutement". Ils ont avancé des arguments d'ordre technique: "coût, modalités pratiques, nécessité d'anonymiser également la lettre de motivation".

Mais aussi des "arguments de fonds". Ainsi, "le CV anonyme ne permettrait pas de valoriser les différences", il "irait à l'encontre de la liberté de choix des entreprises et des candidats", "risquerait de conduire à des démarches de contournement avec l'utilisation accrue d'internet comme mode de recrutement".

Vers un "testing" des entreprises

Au-delà du CV anonyme, le groupe de travail fait plusieurs propositions pour lutter contre les discriminations. La principale est l'instauration d'un "recours collectif" permettant à des associations ou organisations syndicales de demander réparation au nom des victimes de discriminations à l'embauche ou dans l'emploi. Cette action de groupe ne serait possible qu'en deuxième recours, en cas d'échec du dialogue social.

Le rapport propose également la création d'un "référent égalité des chances" dans les entreprises de plus de 300 salariés. Il serait chargé d'"accompagner les candidats ou les salariés se sentant discriminés" et de conseiller "les organisations syndicales et les managers".

Autres préconisations: une "campagne nationale d'information et de sensibilisation" contre les stéréotypes, des formations "obligatoires" en entreprise sur "la problématique des discriminations", ou encore la prise en compte "dans l'accès aux marchés publics de la mise en place d'actions de lutte contre les discriminations".

Mais surtout, pour lutter contre les discriminations dans l'entreprise, le rapport Sciberas veut une meilleure méthode de testing. Le principe est d'envoyer plusieurs faux CV sur lesquels une information est volontairement modifiée, comme le nom ou l'adresse des postulants, afin de mettre en lumière les différences de traitement entre les candidats.

Une campagne à grande échelle doit d'ailleurs être lancée dès cet automne par le gouvernement. Le ministère du Travail a néanmoins déjà indiqué qu'il comptait surtout provoquer une prise de conscience au sein des entreprises, pas question pour l'instant d'évoquer de possibles sanctions.

M. N. et D. L. avec AFP