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Grève des routiers: les blocages prévus

Les routiers prévoient un mouvement lundi 25 septembre  (photo d'illustration)

Les routiers prévoient un mouvement lundi 25 septembre (photo d'illustration) - Gérard Julien - AFP

Lundi à l'aube, les routiers prévoient de multiplier blocages et rassemblements sur des lieux stratégiques, notamment autour des bases logistiques et dépôts de carburants. Ils incitent d'ailleurs les automobilistes à "faire le plein" dès ce dimanche.

Ils annoncent des "actions fortes et visibles", menacent d'une prochaine pénurie de carburants: les routiers CGT et FO lancent, lundi à l'aube, un mouvement reconductible contre la réforme du code du travail, sur fond de revendications catégorielles. "Il faut qu'on soit entendu, enfin, qu'ils arrêtent d'être sourds, ce sera un gros, gros mouvement", promet depuis Nice le responsable FO-Transports des Alpes-Maritimes, Michel Dey. Depuis mercredi et l'échec des discussions avec le gouvernement, les syndicats CGT et Force ouvrière du transport routier réunissent leurs troupes pour définir les modalités de la grève.

"Ça va bouger partout et être costaud", prévient pourtant le numéro un de la CGT-Transports, Jérôme Vérité. "Des actions fortes et visibles de n'importe quel type doivent éclore avant le lever du soleil du 25 septembre, et ne pas s'éteindre le soir même", affirme ainsi la fédération de Normandie. Les organisateurs promettent de multiplier blocages et rassemblements sur des lieux stratégiques, notamment autour des bases logistiques et dépôts de carburants, déjà ciblés avant l'Euro-2016 ou en mai dernier. La CGT "incite" d'ailleurs les automobilistes à "faire le plein assez rapidement", un conseil qui devrait accélérer la ruée vers les pompes... et favoriser d'autant le succès de la mobilisation.

Des actions simultanées

Selon La Voix du Nord, plusieurs actions vont être menées. Tout d'abord, un ralentissement entre Saint-Omer et Carvin sur l'A26 à 5h30. Puis de Carvin à Fresnes-lès-Montauban sur l'A1 dans le sens Lille-Paris. Et enfin, l'axe Douai-Arras sur la D950 à partir de 10 heures. Une autre opération escargot est prévue à partir de 6 heures entre la plateforme Delta 3 et Lens sur l'A21. Par ailleurs, les dépôts pétroliers de Douchy et Dunkerque seront bloqués. Et deux barrages filtrants sont prévus: au CRT Lesquin à 5 heures et au CIT de Roncq à 5h30. D'après France Bleu, les manifestants vont bloquer les camions à Mondeville à partir de 6 heures dans les deux sens.

Par anticipation, le gouvernement a publié samedi un arrêté autorisant les transporteurs d'hydrocarbures à déroger temporairement aux règles en matière de temps de conduite et de repos, afin de faciliter les approvisionnements en carburant.

Même si rien ne dit que c'est à cause d'une ruée vers la pompe, les automobilistes ne peuvent déjà plus, ce dimanche, faire le plein à la station-service du centre E. Leclerc de Falaise, a constaté Ouest-France

Jean-Claude Mailly pas consulté

Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, n'a pas été consulté par la fédération appelant les routiers à la grève lundi. "J'ai appris que (la fédération FO des transports routiers) appelait à manifester dans un communiqué", a dit M. Mailly lors de l'émission Le Grand Jury de RTL/Le Figaro/LCI, à la veille de la journée d'action reconductible des routiers FO et CGT. "On ne m'a pas demandé mon avis (...), on n'a pas demandé l'avis de la Confédération".

"Je leur aurais demandé de réféchir à deux fois avant de lancer quelque chose", a ajouté Jean-Claude Mailly. "J'aurais préféré qu'on en discute avant". "Les statuts confédéraux disent que les fédérations ont une pleine autonomie politique et administrative, donc elles ont le droit de faire ça", a-t-il précisé. "Ils prennent leurs responsabilités, à eux de gérer le mouvement".

Les ordonnances dans le viseur

"La bonne réponse, ce n'est pas le blocage mais le dialogue", a plaidé vendredi soir sur France Info la ministre des Transports, Élisabeth Borne, assurant aux chauffeurs que "le gouvernement est très mobilisé pour éviter le dumping social".

Dans le viseur des routiers, les ordonnances signées vendredi par Emmanuel Macron, même si Élisabeth Borne a assuré que la réforme du Code du travail n'avait "pas de raisons" de les inquiéter. Les organisations de chauffeurs, à l'instar des confédérations syndicales, dénoncent la possibilité de "faciliter" les licenciements économiques dans les grands groupes, "l'affaiblissement" des représentants du personnel ou encore le plafonnement des indemnités prud'homales.

Plus spécifiquement, ils s'inquiètent de la possibilité de négocier dans l'entreprise des éléments de rémunération (13e mois, prime d'ancienneté...), jusque-là fixés par la branche professionnelle. Les TPE et PME, soit l'essentiel du tissu économique, vont s'engager dans une course au "moins-disant social" pour remporter les appels d'offre, redoutent FO et CGT.

"Manipulation grossière", rétorquent les fédérations patronales. "La convention collective ne prévoit pas de primes d'ancienneté mais des majorations d'ancienneté", celles-ci ne pourront "pas être remises en cause par les accords d'entreprise", assurent-elles.

Une "bombe sociale"

Il s'agit "plus d'un sujet de droit commun que de transport", pointe de son côté la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, en relevant que les revendications des grévistes sont "plus larges que les ordonnances". Effectivement, des motivations catégorielles se sont greffées à la contestation. La ministre des Transports a répondu à une partie des inquiétudes en assurant vendredi qu'un accord conclu sous le précédent quinquennat, pour garantir le financement sur trois ans du dispositif de retraite anticipée des routiers, serait bien appliqué.

Ce dossier avait été décrit comme une "bombe sociale" par la CGT puisque, sans inscription dans la loi de cet accord, "le régime explose dès les premières semaines de 2018". "Le congé de fin d'activité sera maintenu, l'État assurera sa part de financement", a déclaré Élisabeth Borne sur France Info. Elle a précisé dans un courrier aux syndicats que ces engagements seraient concrétisés par amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018.

Ce dispositif, obtenu en 1996 à l'issue d'une longue grève, permet aux conducteurs ayant une ancienneté suffisante de cesser le travail au plus tôt 5 ans avant l'âge légal, en conservant 75% du salaire brut jusqu'à la retraite. Parmi les autres sujets d'inquiétudes figurent les salaires, notamment dans le transport de matières dangereuses, et la directive européenne sur le détachement, en cours de révision.

D. L.