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Emploi: les préjugés ont la vie dure pour les travailleurs handicapés

68% des entreprises françaises estiment que seules certaines fonctions peuvent être assumées par des personnes handicapées et 7% considèrent qu'aucune fonction ne leur est accessible.

68% des entreprises françaises estiment que seules certaines fonctions peuvent être assumées par des personnes handicapées et 7% considèrent qu'aucune fonction ne leur est accessible. - Sébastien Bozon - AFP

Les entreprises de 20 salariés et plus sont obligées d'employer au moins 6% de travailleurs handicapés. Pourtant, les mentalités peinent à évoluer, indique le baromètre de la Fondation Malakoff Médéric.

"Nos locaux ne sont pas adaptés", "il y a des escaliers": pour 72% des chefs d'entreprise, le handicap, c'est le handicap moteur, alors qu'il ne concerne que 13% de la population handicapée. C'est ce qui ressort d'une enquête publiée lundi.

"Seulement 3,1% des salariés des entreprises françaises sont en situation de handicap et cela fait plusieurs années que ce taux n'évolue pas", signale le baromètre de la Fondation Malakoff Médéric, rendu public lors du lancement de la première Semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées - la 19e française. Pourtant, depuis 1987, les entreprises de 20 salariés et plus ont l'obligation légale d'employer au moins 6% de travailleurs handicapés.

"La situation en Europe est disparate, les pays du nord privilégient plutôt l'autonomie et ceux du sud, la solidarité. Il faut concilier les deux", a souligné Emmanuel Constant, président de l'Association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Adapt).

Certains stéréotypes ont la vie dure: 68% des entreprises françaises estiment que seules certaines fonctions peuvent être assumées par des personnes handicapées et 7% considèrent qu'aucune fonction ne leur est accessible, relève l'enquête menée par OpinionWay du 19 mars au 10 avril auprès de 653 entreprises.

Job dating: 12 minutes pour convaincre un employeur

Note d'espoir, 33% des entreprises de plus de 20 salariés assurent avoir l'intention de recruter au moins une personne handicapée dans les 12 mois. Et 95% des employeurs qui en ont embauché jugent leur intégration globalement positive. Un tiers d'entre eux reconnait aussi que cela a modifié positivement leur perception du handicap. Quand elles sont intégrées dans l'entreprise, les personnes handicapées représentent 9% des cadres et 2% des membres de direction.

Quelque 50.000 entretiens s'étaient tenus pendant la Semaine pour l'emploi des personnes handicapées en 2014. Cette année, plus d'une centaine d'événements sont au programme à Paris et dans toute la France, maintenus en dépit des attentats, notamment des "job dating". Ainsi, lundi à Paris, Amandine Fuchs, déficiente visuelle titulaire d'un MBA en management logistique, a eu 12 minutes pour convaincre un employeur potentiel, jusqu'à ce que retentisse la cloche marquant la fin de l'entretien. Avant d'enchaîner un autre. "C'est court, mais ils ont mon CV et c'est pratique de pouvoir enchaîner les rendez-vous", dit-elle.

Un job dating s'est déjà déroulé jeudi à Bruxelles, le premier organisé par l'Adapt hors de France, parallèlement à une réunion de responsables européens sur le thème de l'emploi des personnes handicapées. "L'accessibilité est fondamentale, dans les têtes, comme dans l'espace public.

Le mot-clé, c'est la coopération entre pays, la co-responsabilité et que les personnes concernées soient aussi aux manettes", a estimé le Belge Luk Zelderloo, secrétaire général de l'Association européenne des prestataires de services pour les personnes en situation de handicap (EASPD).

BFM Business avec AFP