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Dans les open spaces, la surveillance des salariés s'organise

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- - Ludovic Bertron (Creative Commons)

La mise en place d'un logiciel de surveillance des traders au sein de la banque britannique Barclays a entraîné une levée de boucliers. Pourtant, ces outils, censés accroître la productivité des salariés, sont doucement en train de se généraliser.

Jusqu'où l'employeur peut-il aller pour surveiller son employé? La question est, une nouvelle fois, revenue sur la table après les révélations du journal financier de Londres, City A.M, affirmant que les traders britanniques de Barclays étaient supervisés par un logiciel de productivité. L'affaire, qui a provoqué un scandale outre-Manche, rappelle un précédent : le groupe bancaire avait déjà installé des capteurs de mouvements et de chaleur sous les postes de travail en 2017. 

En réalité, Barclays est loin d'être une exception. De plus en plus d'entreprises s'équipent en "outils de productivité", que ce soient des logiciels, des capteurs ou des caméras. L'idée reste la même : à l'heure des algorithmes, il s'agit d'optimiser au mieux le temps de travail.

Sur ce plan, les GAFA font partie des précurseurs. A commencer par Amazon qui fait tout pour accélérer la cadence dans ses usines et ses entrepôts. En témoigne même le dépôt d'un brevet pour un bracelet censé surveiller les travailleurs.

Un marché à 3,3 milliards de dollars

Mais la surveillance touche désormais aussi les open spaces où les logiciels de supervision se multiplient. Temps de travail imparti, temps de pause, répartition des tâches… Tout peut être observé, calculé, surveillé pour assurer un meilleur rendement. Dans ce spectre un peu inquiétant, tout n'est pas négatif: certains peuvent effectivement y gagner en efficacité et en autonomie, surtout avec le déploiement du télétravail.

Mais d'autres techniques, "non traditionnelles" peuvent aussi être mises en place comme la lecture des emails professionnels, ou la surveillance des appels téléphoniques. Gartner, qui a interrogé 239 grandes entreprises en 2018, en a conclu que 50% d'entre-elles utilisaient des techniques de surveillance "non traditionnelles", et que ce chiffre passera à 80% cette année. L'entreprise de conseil évalue d'ailleurs le marché mondial de la "surveillance au travail" à 3,3 milliards de dollars, avec des dizaines d'outils disponibles en ligne. Microsoft a même lancé en 2019 MyAnalytics, capable par exemple d'établir une sélection des bonnes et des mauvaises habitudes prises pendant les réunions…

La Cnil veille au grain

A l'avenir, les conversations par mail ou par téléphones seront donc analysées: quel est votre jour le plus productif? Celui où vous n'êtes pas motivé? Les algorithmes travaillent et apportent des solutions.

Reste encore à déterminer les bornes à ne pas dépasser. Amazon, et ses méthodes automatisées, s'est attiré les foudres des associations de travailleurs pour la multiplication des arrêts maladies et des cas de harcèlement.

En France, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) veille au grain en fixant les règles sur la surveillance. La lecture de la messagerie d'un employé est autorisée s'il en est informé au préalable. L'enregistrement des appels doit aussi répondre à des cas stricts comme la nécessité d'évaluer ou former les salariés.

En réalité, c'est surtout le lien de confiance entre le salarié et son employeur qui doit être renforcé, assure Gartner. Car, si ces méthodes semblent inéluctables, encore faut-il qu'elles soient acceptées pour être pleinement efficaces.

Thomas Leroy