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Apprentissage: comment faire aussi bien que les Allemands

L'apprentissage est bien davantage une porte d'entrée vers l'emploi en France qu'en Allemagne

L'apprentissage est bien davantage une porte d'entrée vers l'emploi en France qu'en Allemagne - Philippe Huguen - AFP

L'institut Montaigne, un think tank, relève dans une étude publiée ce mardi 12 mai que la politique française pour favoriser l'apprentissage est bien moins fructueuse qu'outre-Rhin. En s'inspirant du modèle allemand, il propose plusieurs mesures pour y remédier.

Les chiffres sont encore une fois criants. En 2005, le chômage des jeunes actifs de moins de 25 ans s'élevait à 21% en France en 2005 contre 15,4% en Allemagne. 10 ans plus tard, il a progressé dans l'Hexagone (24,4%) mais reculé outre-Rhin (7,2%), selon les données d'Eurostat.

Une divergence que l'institut Montaigne, un think-tank libéral, explique en grande partie par la force de l'apprentissage outre-Rhin. "Le lien inverse entre formation qualifiante des jeunes en entreprise et taux de chômage des jeunes diplômés semble assez robuste", note-t-il ainsi dans une étude consacrée à l'apprentissage et confiée à Bernard Martinot, économiste et lauréat du prix Turgot 2014 pour Chômage: inverser la courbe.

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De fait, la proportion d'apprentis en Allemagne est largement supérieure à celle de l'Hexagone (16% contre 5% sur les 15-24 ans).

Une différence qui tient pour beaucoup au système éducatif allemand qui permet dès l'âge de 12 ans de s'orienter vers des études courtes utilisant l'apprentissage. Et les élèves ayant choisi le cursus censé amener aux études supérieures bénéficient de passerelles vers l'apprentissage, même une fois l'équivalent allemand du bac ("Abitur") en poche. 

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A l'opposé, en France l'apprentissage n'intervient qu'une fois le collège achevé, souvent pour préparer un CAP. "L’Allemagne a fait le choix d’une orientation très précoce qui interdit de facto à environ 60% d’une classe d’âge, modulo quelques passerelles très étroites, l’accès à un enseignement secondaire général approfondi (Gymnasium) et la poursuite d’études supérieures générales ou technologiques de haut niveau", explique l'étude.

"Toutefois, les jeunes concernés sont orientés vers un enseignement professionnel de qualité, très majoritairement en apprentissage, qui leur permet de s’insérer assez facilement sur le marché du travail", ajoute-t-elle.

Pour pas moins de 331 professions, l'apprentissage représente la voie de recrutement exclusif en Allemagne, là où en France, il n'est qu'une voie subsidiaire parmi d'autres. Ce qui explique que l'apprentissage sert beaucoup plus de pré-embauche outre-Rhin (66% des apprentis sont engagés par leur entreprise en Allemagne à l'issue de leur formation contre 33% en France).

Pourtant les pouvoirs publics français multiplient les initiatives pour favoriser l'apprentissage. L'institut Montaigne estime d'ailleurs que "la dépense publique par apprenti est environ trois fois plus forte en France qu'en Allemagne".

Mettre les régions au premier plan

Comment dès lors faire aussi bien que les Allemands? L'Institut Montaigne formule pas moins de 15 propositions! Il propose tout d'abord de s'inspirer de l'Allemagne en mettant au premier plan les régions. Il s'agirait ainsi de transférer exclusivement aux conseils régionaux les compétences pour piloter et financer l'ensemble des établissements relevant de l'apprentissage.

"Les dotations de décentralisation seraient fonction des efforts consentis par chaque région et des résultats obtenus", est-il précisé.

Autre mesure phare: la création d'une "filière pré-apprentissage" au sein du collège. "À partir d’un bilan de compétence approfondi, les jeunes collégiens se verraient proposer à partir de la quatrième la possibilité de suivre un enseignement général allégé, des cours de rattrapage personnalisés sur le socle de compétences de base, des enseignements professionnalisant (économie, vie de l’entreprise…) et des stages de découverte des métiers".

Le think tank propose également de basculer l'enseignement secondaire professionnel scolaire vers l'apprentissage, c'est-à dire que les lycées professionnels se transformeraient en CFA. D'autres propositions sont un peu moins précises, l'Institut Montaigne souhaitant par exemple "alléger les contraintes juridiques" pesant sur les entreprises ou encore "dynamiser la négociation sociale" des branches professionnelles" sur l'apprentissage.

Enfin, le think tank préconise de regrouper l'ensemble des aides à l'embauche des apprentis au sein "d'un forfait apprentissage".

J.M.