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Xavier Darcos, de proche de Sarkozy à bouc émissaire

Principale victime de la défaite de la droite aux élections régionales, Xavier Darcos, qui quitte le gouvernement, est passé en quelques mois du statut de ministre du premier cercle du président Nicolas Sarkozy à celui de bouc émissaire. /Photo d'archives

Principale victime de la défaite de la droite aux élections régionales, Xavier Darcos, qui quitte le gouvernement, est passé en quelques mois du statut de ministre du premier cercle du président Nicolas Sarkozy à celui de bouc émissaire. /Photo d'archives - -

PARIS - Principale victime de la défaite de la droite aux élections régionales, Xavier Darcos est passé en quelques mois du statut de ministre du...

PARIS (Reuters) - Principale victime de la défaite de la droite aux élections régionales, Xavier Darcos est passé en quelques mois du statut de ministre du premier cercle du président Nicolas Sarkozy à celui de bouc émissaire.

Le temps est loin où, ministre de l'Education nationale, il appartenait au "G7", un groupe de sept membres du gouvernement que le chef de l'Etat réunissait régulièrement à l'Elysée pour parler stratégie et communication -- le Premier ministre, François Fillon, n'en faisait même pas partie.

"Le destin d'un ministre est de servir, quitte à durer moins longtemps que les réformes qu'il a entreprises", a-t-il déclaré lundi après la confirmation de son départ du gouvernement.

"Je suis fier du travail accompli. Je garde toute confiance dans l'action de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement", a-t-il ajouté. "Je continuerai à agir, ailleurs ou autrement, en pensant au seul intérêt collectif."

Promu ministre du Travail en juin 2009, il devait conduire la refonte très sensible des retraites, sacrée réforme de l'année 2010, et son nom était cité parmi les rares prétendants potentiels à la succession de François Fillon.

La chute est d'autant plus rude qu'il avait reçu avant les élections, selon son entourage, des assurances de l'Elysée sur son maintien au gouvernement.

Nicolas Sarkozy l'a finalement jugé politiquement trop affaibli par la lourdeur de sa défaite à la tête de la liste UMP en Aquitaine, une région au demeurant ingagnable par la droite, pour conduire dans de bonnes conditions la réforme des retraites. Le ministre du Travail avait fait campagne sans illusion mais sa défaite a pris une ampleur inattendue.

SÉVÈREMENT BATTU

Malgré l'absence du Front national, sa liste a recueilli dimanche, au second tour, deux fois moins de voix que le président sortant de la région, le socialiste Alain Rousset (28% des voix contre plus de 56%).

Xavier Darcos, un des ministres les plus sévèrement battus lors de ce scrutin, avait déjà perdu de 113 voix sa mairie de Périgueux (32.000 habitants), lors des municipales de 2008.

Certains de ses proches expliquent son départ du gouvernement en outre par la volonté de Nicolas Sarkozy de faire de la place à des amis de l'ancien président Jacques Chirac et de l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin.

Le chantier des retraites n'avait pas encore véritablement démarré mais Xavier Darcos y travaillait depuis plusieurs mois en recevant les partenaires sociaux. Il avait fait sienne l'idée que le régime par répartition ne pourrait être sauvé qu'au prix d'un allongement de la durée du travail.

Son successeur, l'ex-ministre du Budget Eric Woerth, n'aura que deux semaines avant la remise par le Conseil d'orientation des retraites d'un rapport qui sera la base des discussions.

C'est le quatrième ministre du Travail en moins de trois ans après Xavier Bertrand, Brice Hortefeux et Xavier Darcos.

A l'Education nationale, le parcours de Xavier Darcos n'avait pas été sans embûches. Il avait ainsi dû annoncer en décembre 2008 le report de la réforme du lycée sous la pression de manifestations lycéennes. Une réforme finalement mise en oeuvre sous une forme édulcorée par son successeur, Luc Chatel.

MULTIDIPLÔMÉ

Né il y a 62 ans à Limoges (Haute-Vienne) d'une famille originaire du Sud-Ouest par son père, Xavier Darcos est agrégé de Lettres classiques et titulaire de doctorats en études latines et en lettres et sciences humaines.

Il a commencé sa carrière comme professeur dans les classes préparatoires aux grandes écoles.

En 1992, il est nommé inspecteur général de l'Education nationale et embrasse, un an plus tard, la carrière politique.

D'avril 1993 à avril 1995, il occupe les fonctions de conseiller puis de directeur de cabinet de François Bayrou, alors ministre de l'Education nationale. Il conseillera ensuite le Premier ministre Alain Juppé sur les questions d'éducation.

En 2002, Xavier Darcos est nommé ministre délégué à l'Enseignement scolaire dans le gouvernement du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Il sera transféré deux ans plus tard à la Coopération, au Développement et à la Francophonie.

Non reconduit en 2005, il avait retrouvé sa mairie de Périgueux avant que Nicolas Sarkozy, élu en 2007, l'appelle pour devenir son premier ministre de l'Education nationale.

Xavier Darcos est l'auteur de plusieurs livres, dont une Histoire de la littérature française, une biographie de Mérimée et des ouvrages sur l'école, dont "L'art d'apprendre à ignorer".

Veuf et remarié, il est père de trois enfants.

Emmanuel Jarry, avec Service France, édité par Yves Clarisse