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Les PME françaises dans l'incertitude face au Brexit

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Illustration - DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

Un grand nombre de questions restent sans réponses concernant le Brexit. Les PME françaises sont encore trop peu préparées à l'événement selon le ministère de l'Economie et des Finances.

Accord ou pas? Le 31 octobre ou plus tard? Quels délais pour franchir la Manche? A une dizaine de jours de la date prévue pour le Brexit, les PME françaises sont sous pression du gouvernement qui leur reproche leur "attentisme", mais "plusieurs inconnues" compliquent leur préparation.

"Nous sommes prêts pour le Brexit, mais nous devons faire preuve d'humilité parce que nous sommes face à une équation avec plusieurs inconnues", a assuré mardi François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), lors d'une conférence de presse. "Il a été très complexe pour beaucoup de PME de sortir un membre du personnel pour se consacrer au jour le jour à la préparation du Brexit", a reconnu François Asselin, rappelant que les adhérents de son organisation ont en moyenne 23 employés. "Pour la plupart des PME, c'est impossible."

Plus d'une entreprise sur deux mal préparée 

Il répondait ainsi aux propos de la secrétaire d'Etat, Agnès Pannier-Runacher, qui s'alarmait récemment de "l'attentisme" dont font preuve "beaucoup de PME" face au Brexit. Selon une enquête menée par Bercy, rendue publique le week-end du 19 octobre, plus d'une entreprise française sur deux "s'estime mal préparée au Brexit" et "beaucoup estiment que l'information sur le sujet est insuffisante ou trop incertaine".

"Je ne peux me satisfaire de ce que 54% des entreprises interrogées déclarent ne pas avoir examiné les conséquences d'un Brexit pour leur activité", a regretté la secrétaire d'Etat, citée dans un communiqué publié par le ministère de l'Economie et des Finances. "Il n'est pas trop tard, mais il faut se dépêcher". "Les entreprises qui ont un lien commercial direct ou indirect avec le Royaume-Uni doivent évaluer les risques et passer à l'action en prenant les mesures nécessaires", a-t-elle ajouté, rappelant que l'Etat était là pour "accompagner" les sociétés françaises concernées.

Risque de congestion 

Pour sa part, François Asselin assure que les PME sont prêtes "administrativement, mais il y a concrètement des choses qui vont coincer. La congestion (à la douane) va être réelle. Si Brexit dur il y a, il faudra s'attendre à des embouteillages du côté anglais et français", a-t-il affirmé.

"Ce qui risque de se produire, c'est de la congestion", a abondé David Sagnard, PDG de la société Transport Carpentier, qui réalise un tiers de son chiffre d'affaires dans le transport transmanche et qui apportait son témoignage lors de la conférence de presse de la CPME. Il s'est dit inquiet que les "confrères en provenance de Pologne et de Roumanie" n'aient pas forcément pris le temps de se préparer et que leurs camions ne se retrouvent coincés à la douane et provoquent des bouchons. "Ceux qui font de l'occasionnel n'ont pas forcément pris en compte cette situation Brexit", a-t-il affirmé.

Le Britannique Gary Haworth, directeur général de Toupret, une entreprise française de fabrication d'enduits, a expliqué pour sa part avoir notamment préparé le Brexit en augmentant ses stocks au Royaume-Uni avant le 31 octobre, comme il l'avait déjà fait avant l'échéance initialement prévue fin mars. "Aujourd'hui, l'une des grandes inconnues est ce qui va se passer à la frontière", a-t-il jugé, soulignant que la France, à ses yeux, s'est "un peu mieux préparée en amont que les Britanniques". "On ne peut pas se préparer à tout. Il y a des inconnues que nous serons obligés de gérer au moment où ça se passe", a-t-il toutefois anticipé. Le volume d'affaires entre la France et le Royaume-Uni s'élève à 60 milliards d'euros par an, et un Brexit sans accord pourrait coûter à l'économie hexagonale 0,2 point de PIB (l'équivalent de 4,7 milliards d'euros), selon Bercy. Environ 20.000 entreprises françaises exportent au Royaume-Uni.

SA avec AFP