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Deux projets en lice de tunnel ferroviaire le plus long du monde entre la Finlande et l'Estonie

Le projet Finest Bay Development Development Oy, a été cofondé par Peter Vesterbacka, l’un des créateurs finlandais du jeu vidéo Angry Birds.

Le projet Finest Bay Development Development Oy, a été cofondé par Peter Vesterbacka, l’un des créateurs finlandais du jeu vidéo Angry Birds. - Finest Bay Aera Helsinki

Un projet privé et un autre public étudient la construction d'un tunnel ferroviaire sous-marin long de 100 km entre la Finlande et l'Estonie. Un financement d'origine chinoise d'environ 15 milliards d'euros a été trouvé cet été pour faire avancer le projet privé. Mais les deux pays concernés se posent des questions sur la faisabilité de ce dernier.

Après le tunnel sous la Manche, l'Europe est le berceau d'un autre projet de tunnel ferroviaire, deux fois plus long, de l'ordre de 100 km. S'il était construit, il serait alors le plus long du monde devant l'actuel tunnel suisse du Saint-Gothard, long de 57 km.

Cette infrastructure sous-marine relierait, sous le golfe de Finlande, Helsinki et Tallin, la capitale de l'Estonie, en 30 à 40 minutes alors qu'elles sont reliées par des liaisons régulières de ferries assurant la traversée en 1h30. Le bénéfice d'un tel tunnel serait significatif en terme d'intégration économique entre les deux cités, sur le modèle du pont de l'Oresund reliant, depuis 2000, Copenhague (Danemark) et Malmö (Suède).

Le projet public FinEst Link a une étude de faisabilité

Mais, alors que la rentabilité et la faisabilité du projet restent incertaines, deux initiatives, l'une publique, l'autre privée, se disputent les financements nécessaires à cette inédite infrastructure de transport au nord de l'Europe.

Le projet public FinEst Link a bénéficié d'une étude de faisabilité diffusée en 2018 de la liaison Helsinki-Tallinn par tunnel ferroviaire. Il est piloté par un conseil régional finlandais (Helsinki-Uusimaa) avec les villes de Helsinki et Tallinn, l'Agence des transports finlandaise et le ministère estonien de l'Économie et des Communications.

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- © S'il était construit, le tunnel sous-marin de 100 km relirait par une liaison ferroviaire les capitales Helsinki et Tallinn, aujourd'hui séparées par le golfe de Finlande - Google Maps

Selon cette étude de faisabilité, le projet pourrait coûter entre 9 et 13 milliards d'euros. Si une partie était financée par des fonds de l'Union européenne, à hauteur de 40%, le projet serait viable, le reste étant partagé entre la Finlande, l'Estonie, les deux capitales et des investisseurs privés. Enfin, toujours selon ce document, les négociations financières et la planification du projet pourraient commencer au plus tôt en 2025 et le tunnel ferroviaire pourrait être opérationnel dans les années 2030.

En face, le projet privé, baptisé Finest Bay Area Development, est porté par l'entrepreneur finlandais Peter Vesterbacka (cf photo ci-dessous). Fortune faite, cet ex-dirigeant de Rovio, l'éditeur du jeu à succès Angry Birds, est devenu investisseur. Son initiative a bénéficié d'une impulsion décisive récemment avec un accord conclu en mars 2019 portant sur un financement de 15 milliards d’euros (16,8 milliards de dollars) assuré par la société chinoise d'investissement Touchstone Capital Partners.

Le promoteur du projet de tunnel ferroviaire, Finest Bay Development Development Oy, est l'entrepreneur finlandais Peter Vesterbacka, qui fur l'un des principaux créateurs du jeu vidéo Angry Birds édité par Rovio.
Le promoteur du projet de tunnel ferroviaire, Finest Bay Development Development Oy, est l'entrepreneur finlandais Peter Vesterbacka, qui fur l'un des principaux créateurs du jeu vidéo Angry Birds édité par Rovio. © Vesa Moilanen-Lehtikuva-AFP

Cette société financière investit les ressources des entreprises chinoises appartenant à l'État. Selon l'entrepreneur finlandais, grâce à ce financement censé couvrir l’intégralité du coût du projet, le tunnel pourrait être construit dès 2024, prenant de court l'initiative soutenue par les autorités finlandaises et estoniennes. Selon un accord conclu en juillet 2019, ces financements doivent bénéficier à de puissantes entreprises chinoises qui ont signé pour concevoir et construire le tunnel: China Railway International Group (CRIG) et China Railway Engineering Company (CREC).

Mais l'Estonie, nation balte de 1,3 million d’habitants, s'interroge sur ce plan de financement. "Nous avons besoin de bien comprendre d'où vient l'argent et en quelle quantité", a déclaré publiquement le ministre estonien de l'Économie, Taavi Aas.

La construction du tunnel durerait 15 ans, selon l'Estonie

De son côté, le ministre estonien de l’Administration publique, Jaak Aab, a déclaré que le calendrier actuel pour l’ouverture du tunnel en 2024 n’était pas réaliste s'appuyant sur l'étude de faisabilité de 2018 montrant que sa construction prendrait 15 ans.

Selon l'agence Bloomberg, ce qui gêne surtout le gouvernement estonien tient à l'origine chinoise du financement du projet privé. L'État balte craint qu'une telle initiative soit très impopulaire auprès de l’Union européenne, et l’Estonie, qui tient à sa réputation de "bon européen" parmi les États-membres de l'UE, veut s’assurer qu’elle n’aura pas de problèmes.

D'autres questions plus techniques, non-résolues à ce stade, sont soulevées comme la nécessité d'obtenir et de faire venir plusieurs énormes tunneliers dont les deux nations concernées sont dépourvues.

En outre, des incertitudes demeurent sur les lieux d'arrivée des tunnels, côté Finlande et Estonie. Les autorités locales de Tallinn souhaiteraient que le tunnel, côté estonien, débouche au centre-ville. Mais, jusqu'à présent, Peter Vesterbacka, promoteur du projet à financement chinois, a déclaré qu'il souhaitait que le tunnel se termine à la gare d'Ülemiste, située à environ cinq kilomètres à l'est du centre, près de Tallinn. De même, les responsables d'Helsinki ont souhaité que le tunnel ferroviaire soit raccordé à la gare centrale de la capitale finlandaise, tandis que Peter Vesterbacka envisage de le faire à Keilaniemi, dans la ville voisine d'Espoo, qu'il connaît bien puisque s'y trouve le siège de son ancien employeur, l'éditeur de jeux Rovio.

Les deux pays concernés apporteront-ils leur soutien au projet privé de tunnel à financement 100% d'origine chinoise? Beaucoup d'incertitudes devront encore être levées par ses promoteurs pour convaincre les deux gouvernements. 

Frédéric Bergé