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Un rapport sur l'attentat de Karachi entretient les soupçons

Le rapport d'une mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi, où 11 Français ont péri en 2002, entretient les soupçons sur une possible corruption en marge d'un contrat d'armement lié à ce crime. /Photo d'archives/REUTERS

Le rapport d'une mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi, où 11 Français ont péri en 2002, entretient les soupçons sur une possible corruption en marge d'un contrat d'armement lié à ce crime. /Photo d'archives/REUTERS - -

par Thierry Lévêque PARIS - Le rapport d'une mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi, où 11 Français ont péri en 2002,...

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Le rapport d'une mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi, où 11 Français ont péri en 2002, entretient les soupçons sur une possible corruption en marge d'un contrat d'armement lié à ce crime.

La mission confirme que plus de 83 millions d'euros de "commissions", alors légales, (10% du contrat) avaient été convenues pour vendre des sous-marins de type Agosta au Pakistan au début des années 1990 et que 85% de cette somme ont été versés.

L'argent a profité à de hauts responsables pakistanais non identifiés, a affirmé le député socialiste Bernard Cazeneuve, rapporteur de la mission. "J'appelle cela de la corruption légalisée", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

La mission juge établi que le versement des commissions a été interrompu après l'accession de Jacques Chirac à l'Elysée en 1995 et envisage un rapport entre ce fait et l'attentat.

Le 8 mai 2002, un kamikaze avait fait 14 morts, dont 11 ingénieurs et techniciens français de la Direction des constructions navales (DCN) travaillant à la construction des Agosta, en précipitant une voiture bourrée d'explosifs sur un bus sortant d'un hôtel de Karachi.

"Le lien entre l'arrêt de versement de certains FCE ("frais commerciaux exceptionnels"-NDLR) et l'attentat ne peut être écarté. Aucun protagoniste (...) n'écarte complètement ce lien de causalité même s'il reste difficile de l'établir", lit-on dans les conclusions du rapport.

Dans ce scénario, les militaires pakistanais, mécontents de ne pas recevoir d'argent ou insatisfaits du partage, auraient commandité l'attentat en représailles.

Si la présidence Chirac a interrompu le paiement des commissions, c'est, dit le rapport, parce qu'elle soupçonnait qu'une partie de l'argent était revenue en France financer la campagne de son rival de droite Edouard Balladur, Premier ministre de 1993 à 1995, que soutenait Nicolas Sarkozy.

"LA MISSION A ÉTÉ ENTRAVÉE"

Deux hauts fonctionnaires ont déclaré à la mission qu'une partie de l'argent des commissions était revenue en France.

L'ensemble du dossier est susceptible d'embarrasser Nicolas Sarkozy, ministre du Budget au moment de la signature du contrat. Une de ses ex-collaboratrices, entendue, a déclaré qu'il s'était opposé au contrat mais aucun document écrit ne le confirme, a expliqué Bernard Cazeneuve.

Le rapport retient aussi la piste d'une action commise par des islamistes, jugée cependant affaiblie par l'acquittement par la justice pakistanaise l'an dernier de deux activistes condamnés à mort en première instance.

La piste d'une action commanditée par des éléments de l'armée pakistanaise, hostiles à la vente par la France à l'Inde d'autres sous-marins, est jugée peu crédible.

Bernard Cazeneuve, député de Cherbourg, siège de la DCN et lieu de résidence de familles de victimes, a accusé le pouvoir de tenter de cacher la vérité. "La mission a été entravée par une absence totale de coopération du gouvernement et de l'exécutif", a-t-il dit.

La majorité l'a accusé de biaiser les conclusions de l'enquête, qui selon elle accrédite plutôt la piste islamiste.

Le rapport montre que le gouvernement a refusé la remise de presque tous les documents demandés, notamment le contrat de vente des Agosta. Dominique de Villepin, ancien secrétaire général de l'Elysée, et de nombreuses autres personnes, notamment d'ex-collaborateurs de Nicolas Sarkozy, n'ont pu être entendus.

Des témoins sont accusés dans le rapport de "mensonge". Il souligne en outre qu'Edouard Balladur n'est venu déposer qu'après la publication d'informations dans la presse à propos d'un versement en espèces de 10 millions de francs (1,5 million d'euros) pour le financement de sa campagne de 1995.

A l'Assemblée nationale, interrogé mercredi par l'opposition, le ministre de la Défense, Hervé Morin, a promis de déclassifier tous les documents officiels demandés par les juges d'instruction Marc Trévidic et Yves Jannier.

"Je souhaite comme vous que toute la vérité soit faite", a-t-il dit. Deux enquêtes judiciaires sont en cours, l'information judiciaire sur l'attentat et une enquête préliminaire pour corruption sur le marché des sous-marins.

Édité par Sophie Louet