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Faut-il faire payer les patients qui oublient un rendez-vous chez leur médecin?

28 millions de consultations ne sont pas honorées chaque année, soit 40 minutes de perdues par jour par médecin.

28 millions de consultations ne sont pas honorées chaque année, soit 40 minutes de perdues par jour par médecin. - Philippe Huguen- AFP

De plus en plus de patients ne se donnent pas la peine de décommander un rendez-vous chez le médecin qu'ils ne peuvent plus honorer. Un syndicat de praticiens a lancé une pétition pour modifier la loi afin que cet oubli soit facturé. Les sommes récoltées serviraient à alimenter un fonds pour lutter contre les déserts médicaux.

C'est un paradoxe. Les délais d'attente pour consulter un docteur s'allongent, les services d'urgences sont saturés et pourtant, de plus en plus de patients ne viennent pas aux rendez-vous programmés chez leur médecin. Ces "lapins" représenteraient 28 millions de consultations non honorées chaque année, soit 40 minutes de perdues par jour pour chaque médecin.

Pour que les patients changent de comportement, le syndicat de l'Union française pour une médecine libre (UFML) souhaite que les médecins puissent faire payer les consultations non honorées. Il a lancé une pétition sur le site Change.org afin d'obtenir un avenant au code de santé publique, qui actuellement interdit la facturation d'honoraires si aucun acte médical n'a été réalisé.

"C'est de plus en plus difficile de trouver un médecin, et ces rendez-vous manqués auraient permis à d'autres patients d'avoir accès aux soins", explique Jérôme Marty, président du syndicat qui compte environ 1500 adhérents.

Une question de civisme

Pour lui il est difficile de mettre cet absentéisme croissant sur le compte de l'étourderie. Surtout quand ces patients sont passés par la plateforme de prise de rendez-vous Doctolib, et reçoivent un SMS de rappel la veille du rendez-vous. "C'est une question de civisme. Les gens doivent arrêter de penser qu'à eux-mêmes, et penser collectivement", poursuit-il.

Face à cet absentéisme croissant, les médecins ont déjà mis en place des garde-fous. Certains blacklistent les patients qui ont manqué quelques rendez-vous sans prévenir. Mais le problème persiste, d'où l'idée de frapper les patients au porte-monnaie.

Un fonds pour lutter contre les déserts médicaux

"Mais notre volonté n'est pas de combler le manque-à-gagner que représentent ces rendez-vous. L'argent recueilli servirait à alimenter un fonds pour lutter contre les déserts médicaux", fait valoir Jérôme Marty. En un mois la pétition a recueilli 1200 signatures. Il estime qu'il devrait y avoir 10.000 à 15.000 médecins signataires d'ici quatre à cinq mois. Un chiffre qu'il estime suffisant pour aller présenter sa proposition aux acteurs de la santé publique.

Car il faut passer par une concertation avec l'Assurance-maladie, les syndicats de médecins représentatifs et l'Etat pour que la facturation de ces rendez-vous soit autorisée.

La démarche a toutefois peu de chance d'aboutir. "Il faut un début. Il y a un plafond de verre qui fait que dans le domaine médical, on n'ose pas avoir une relation de sanction. Mais aujourd'hui les déserts médicaux sont partout, il faut bien trouver une solution", reconnaît Jérôme Marty. Il n'exclut pas de lancer d'autres pétitions, cette fois en permettant à tous les professionnels de santé de rejoindre le mouvement. Car les dentistes, kinésithérapeutes, infirmiers sont eux aussi touchés par la multiplication de "ces lapins".

Contactée, l'Assurance maladie n'a pas répondu à nos questions dans le temps imparti pour cette publication. L'Ordre des Médecins n'a pas souhaité commenter cette initiative syndicale.

Coralie Cathelinais