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Ehpad: les personnes âgés paieront-elles demain en fonction leurs moyens?

Le coût de l'hébergement en Ehpad des personnes âgées dépendantes est encore trop élevé pour la majorité de leurs résidents. Un groupe de travail propose de moduler leurs tarifs en fonction du revenu. Ainsi, les plus riches paieraient plus pour alléger la facture des plus pauvres.

La prise en charge des personnes âgées dépendantes dans un Ehpad est un souci grandissant sur le plan financier. Les tarifs sont non seulement élevés, mais en plus ils varient selon le département. Ils passent ainsi de 2050 euros par mois dans la Meuse à 3500 euros mensuel à Paris. Et malgré les aides qui varient entre 400 et 450 euros selon les départements, le reste à charge -2000 euros en moyenne- reste encore trop élevé pour de nombreuses personnes. Pour réduire cette inégalité, une idée commence à mûrir. Il s’agit de moduler le prix en fonction du revenu des résidents en s’inspirant du dispositif existant pour les crèches.

Cette proposition est défendue par la Mutualité Française. Elle a été appuyée par une commission sénatoriale dans un rapport datant de mars 2018. Et, comme le révèle RTL, elle est désormais étudiée de près par le président du Haut Conseil du financement de la protection sociale, qui pilote un groupe de travail sur la prise en charge de la dépendance. Mais elle s’inspire surtout du Groupe SOS qui dirige une soixantaine d'Ehpad accueillant près de 5000 résidents.

Cette structure associative créée par Jean-Paul Borello, un délégué d’En Marche, a instauré un surloyer solidaire pour réduire le coût d’hébergement des personnes aux revenus modestes. Les retraités aisés payent un surplus journalier de 2 à 9 euros, selon leurs revenus. Comme le précise RTL, la prestation est gratuite pour une personne qui touche une pension inférieure à 900 euros par mois.

La facture s’allonge avec les années

"C’est la solution la plus juste", estime une porte-parole de la Mutualité Française qui rappelle l’urgence de trouver une solution compte tenu de l’augmentation du nombre de personnes âgées dépendantes. "La France compte aujourd’hui 2,15 millions de personnes de plus de 85 ans, elles seront près de 4 millions en 2040. Le nombre de personnes âgées en situation de perte d’autonomie devrait doubler d’ici à 2060, pour atteindre 2,6 millions", signale la Mutualité Française.

En attendant chacun fait comme il peut. Certains puisent dans leurs économies, d’autres se font aider par leurs proches. Car 80% des retraités n’ont pas les moyens d’assumer avec leurs revenus le reste à charge d'un logement en Ehpad. La situation est particulièrement délicate pour ceux qui y séjournent plusieurs années. Par exemple, pour cinq ans d’hébergement dans une maison de retraite de l’Essonne, le résident devra payer au total 150.000 euros de sa poche. Un montant que seul un retraité sur cinq peut financer avec ses seuls revenus.

La Mutualité Française estime qu'il faudrait également libérer des places dans les Ehpad en favorisant l'hébergement à domicile, permanent ou partiel. Elle souligne dans un rapport sur le sujet que la France est très en retard par rapport aux autres pays de l’Union Européenne. En Allemagne, 32% des personnes en perte d’autonomie sont dans des maisons de retraites médicalisée contre 41% en France. Le record revient au Canada où 88% des personnes âgées dépendantes parviennent à être maintenue à domicile.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco