BFM Business

Crise à l'hôpital: comment font nos voisins européens?

Confrontés au vieillissement de leur population et à des dépenses publiques contraintes, de nombreux pays ont fait le choix de diminuer le nombre de lits, de baisser leur niveau de protection et de privilégier la chirurgie ambulatoire et la médecine de ville.

La crise aux urgences n’en finit pas. Le personnel hospitalier s'est mobilisé ce jeudi partout en France. Mais l’hôpital public français est-il plus malade que celui de nos voisins européens? Car le problème des soins et de l’hôpital est global. Les populations en Europe vieillissent, la demande de soins progresse et tous les pays tentent de réduire leurs déficits. 

En ce qui concerne les moyens consacrés à l'hôpital public, la France fait plutôt mieux que ses voisins. Avec 3,4% du PIB consacré selon Eurostat, la France est légèrement au-dessus de la moyenne européenne (3,2%). Elle y consacre moins de moyens que le Danemark (6%) mais plus que l’Italie (3%), l’Allemagne (2,7%) ou la Suède (2,5%) par exemple. Cette part du PIB consacré par l'Etat à l'hôpital est à peu près stable depuis une vingtaine d'années.

Deux fois moins de passages aux urgences au Danemark

En revanche, à la différence de la France, de nombreux pays d'Europe ont fait le choix de réformer profondément leur système de santé. Ils n’ont pas forcément mis plus de moyens mais ils ont rationalisé, en diminuant le nombre d’hôpitaux et donc de lits, en mettant l’accent sur la prévention, la chirurgie ambulatoire et la médecine de ville, comme le relève la Cour des comptes dans un rapport de 2018.

Au Danemark ou en Suède -sont souvent cités en exemple- la mise en place d'un numéro de téléphone spécial a permis de rediriger de nombreux patients ne se trouvant pas dans des situations graves vers des médecins généralistes. Résultat au Danemark: il y a 156 passages aux urgences pour 1000 habitants, en France c’est près du double.

La France doit-elle revoir l’organisation de son système? C’est en tout cas ce qu’avance la Cour des Comptes dans son rapport en préconisant de s'appuyer davantage sur la médecine de ville. Problème: la France souffre d’une pénurie de médecins du fait notamment du numerus clausus qui avait cours jusqu'à cette année en faculté de médecine. Le pays compte 3,2 médecins pour 1000 habitants, contre 3,6 dans les pays de l’OCDE. Surtout ces médecins n’ont plus l’obligation d’assurer une garde de nuit et de week-end depuis la loi Mattéi de 2002. Résultat: les patients vont aux urgences et elles sont engorgées.

D'où les moyens supplémentaires réclamés par le personnel hospitalier. Problème là encore: les dépenses de l'Etat sont contraintes. Jusqu'à présent la priorité des différents gouvernements était d'améliorer la protection des Français en faisant en sorte qu'ils paient leurs soins le moins cher. La France est le pays qui a le reste à charge le plus faible des pays développés et il continue de baisser. Les dépenses directes des ménages français à l’hôpital s’élèvent par exemple à 7% contre 13% en Allemagne, 15% au Royaume-Uni ou 18% en Belgique.

La France a fait le choix de préserver le niveau de protection des Français et de limiter le poids qu'il représente dans leur budget, mais ceci au prix de déficits et de capacités d’investissement limitées dans l’hôpital public. D’où la crise actuelle. Des hospitaliers qui manifestent contre le manque de moyens et des patients qui dénoncent la dégradation du service.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco