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Bienheureux les retraités nés en 1950

Départ à la retraite plus tôt pour une durée plus longue et une pension plus élevée, les personnes nées en 1950 ont en moyenne de meilleures conditions de retraite que leurs aînés et les générations suivantes.

C'est certainement le chantier le plus sensible. Huit ans après la réforme de Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron rouvre le dossier des retraites. Le haut-commissaire en charge de la réforme, Jean-Paul Delevoye, a présenté en octobre les grandes lignes du nouveau système. Il pilote désormais la phase de concertation, avant de présenter ses conclusions en début d'année prochaine.

S'il est difficile de savoir ce que donnera ce nouveau système, il est en revanche déjà possible d'observer ce que produit l'actuel. Dans son édition 2018 de France, portrait social publié ce mardi, l'Insee a comparé trois générations de retraités. Ceux nés en 1944, époque d'après-guerre où le système de retraite a été généralisé à l'ensemble des salariés, ceux nés en 1950 et ceux nés en 1956 qui ont donc 62 ans cette année soit l'âge légal de départ en retraite.

D'après les données collectées par l'Institut, la génération intermédiaire, celle de 1950, profite de meilleures conditions de retraite. En moyenne, ils partent plus tôt, pour une durée de retraite plus longue et surtout bénéficient d'une pension plus élevée. Cette situation est le résultat des changements socio-économiques et des réformes successives. Les disparités entre les hommes et les femmes expliquent aussi ce phénomène.

La génération 1956 pénalisée par la réforme de 2010

La génération née en 1950 est partie à la retraite en moyenne à l'âge de 61,2 ans. C'est environ six mois plus tôt que la génération 1944 (61,8 ans) et surtout quasiment deux ans plus tôt que celle de 1956 (63 ans), selon les projections de l'Insee. À chaque fois, les hommes prennent leur retraite à un âge plus jeune que les femmes.

La génération 1956 est doublement "pénalisée" par rapport aux deux autres. D'abord, dans le système français plus une personne travaille longtemps, plus elle cotise et donc plus elle peut partir à un âge précoce. Or, l'école était auparavant obligatoire jusqu'à 14 ans. Ce n'est qu'en 1959 que la limite est passée à 16 ans et les premiers concernés étaient ceux nés à partir du 1er janvier 1953. La génération 1956 a mécaniquement débuté sa carrière plus tard (à l'âge de 21 ans en moyenne) que les deux précédentes (20 ans). Si on peut se féliciter que les jeunes aillent plus longtemps à l'école, du point de vue de leur retraite ils doivent la prendre à un âge plus avancé pour l'avoir à taux plein. Et puis surtout, la génération 1956 est pénalisée par la réforme de 2010, qui a repoussé l'âge légal de départ de 60 à 62 ans.

Par ailleurs, la génération 1950 a bénéficié du dispositif de départ anticipé pour carrières longues. Mise en place en 2003, elle a permis à 11% de cette catégorie de partir à 58 ans, selon l'Insee. La génération 1944 n'a pas pu en profiter, ce qui explique l'écart entre les deux. Quant à ceux nés en 1956, près du quart sont partis en anticipé, mais à 60 ans, avec le report de l'âge légal de départ depuis la réforme de 2010.

Niveau de pension: les femmes rattrapent les hommes

Partis plus tôt en retraite, la génération 1950 va logiquement en profiter plus longtemps. Pour calculer la durée moyenne de la retraite, l'Insee s'est appuyé sur l'espérance de vie.

Ainsi, la génération 1944 devrait vivre en retraite pendant 24,9 ans en moyenne, 25,9 ans pour ceux nés en 1950 et 25 ans pour ceux nés en 1956. Cette tendance est identique selon les sexes. En revanche, avec une espérance de vie plus longue que les hommes, les femmes vivent en retraite plus longtemps.

Enfin, avec une pension moyenne de 1435,83 euros par mois, la génération 1950 gagne aussi plus que les deux autres - 1393,33 euros pour ceux nés en 1944 et 1417,50 euros pour ceux nés en 1956. Si on regarde selon les sexes, la situation est bien différente. La pension des hommes n'a cessé de baisser, passant de 1795 à 1700,83 euros mensuels de la première à la troisième génération étudiées. Cette diminution est dû principalement à la réforme de 1993, qui a modifié les paramètres de calcul de la pension en basant la pension non plus sur les 10 mais sur les 25 meilleures années pour les salariés du privé.

À l'inverse, la pension moyenne des femmes n'a fait qu'augmenter (+19%), avec notamment un bond de 14% entre celle perçue par la génération 1944 et celle perçue par la génération 1950. Selon l'Insee, cela s'explique par la mise en place en 1972 de "l'assurance vieillesse des parents au foyer" (AVPF), qui permet dans certains cas d'acquérir des trimestres lors d'une période d'inactivité, et par une "plus grande présence en emploi après 40 ans des femmes". Celles-ci rattrapent progressivement les hommes, mais, avec 1143,33 euros pour la génération 1956, elles touchent encore tout de même 30% de moins que leurs camarades masculins.

Jean-Christophe Catalon