BFM Business

2018, une "année noire" pour les associations caritatives

Les associations déplorent une baisse des dons de l’ordre de 10% l’année dernière, une chute très nette qui s’expliqueraient selon elle par les changements de règles fiscales intervenues en 2018.

Suppression de l'ISF, hausse de la CSG, prélèvement à la source: les récentes réformes fiscales ont provoqué en 2018 une chute très nette des dons aux associations et fondations caritatives, un épisode que certains acteurs du secteur espèrent cependant ponctuel.

Les chiffres définitifs ne seront pas connus avant plusieurs mois, mais les associations s'attendent à une collecte en baisse d'environ 10% durant l'année, avec des variations importantes d'une structure à l'autre.

"Désolé, mais je ne peux plus vous aider"

2018 restera comme une "année noire", s'alarme Laurence Lepetit, directrice générale de "France Générosités", syndicat fédérant 97 fondations et associations faisant appel aux dons du public. Entre les réformes fiscales, la "complexité" du prélèvement à la source et les "conflits sociaux de la fin de l'année", "ce n'est pas un contexte favorable pour la générosité", détaille-t-elle.

La transformation de l'impôt sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) a divisé environ par deux le nombre de contribuables aisés qui défiscalisent leurs dons par ce biais. Conséquence: les montants concernés ont été amputés de quelque 60%, selon Laurence Lepetit.

Par ailleurs, après la hausse de la CSG pour les retraités, "nous avons reçu un certain nombre de messages de la part de donateurs âgés qui nous disaient ‘désolé, mais je ne peux plus vous aider’", rapporte Patrice Blanc, président des Restos du Coeur.

L'association créée par Coluche a toutefois réussi à "limiter les dégâts", avec une collecte en baisse de 1,5% environ. "C'est probablement dû à notre notoriété", et aussi au fait que les dons défiscalisés jusque-là par le biais de l'ISF "ne représentaient pas une somme très importante pour nous", analyse Patrice Blanc.

Les donateurs âgés aident déjà leurs enfants 

Du côté de la Ligue contre le cancer, en revanche, on parle d'une "année catastrophique": la collecte s'est effondrée de 18%, soit 8 millions d'euros en moins par rapport à 2017. Cette baisse est en partie "conjoncturelle", mais pas seulement, estime le directeur de la communication de la Ligue, Christophe Leroux.

Indépendamment de la hausse de la CSG, les donateurs les plus âgés cessent de donner car ils sont de plus en plus sollicités pour aider leurs enfants ou petits-enfants, selon lui. Or, "lorsqu'une personne arrête de donner, il est très compliqué de la convaincre de revenir", souligne-t-il.

Plusieurs acteurs du monde caritatif continuent, cependant, à se dire optimistes. Logiquement, les inquiétudes liées à l'instauration du prélèvement à la source - qui a pu désorienter certains donateurs, perplexes face aux nouveaux mécanismes de restitution du crédit d'impôt -, devraient avoir disparu l'an prochain.

Plus globalement, Christophe Leroux, de la Ligue contre le cancer, constate un "rajeunissement très spectaculaire" de ses donateurs, "ce qui montre que le pays a encore une vraie fibre généreuse".

De 150 millions d’euros de dons à 7,5 milliards 

Pour Axelle Davezac, la directrice générale de la Fondation de France, l'année 2018 a certes été "très compliquée", et risque d'entraîner de gros problèmes de trésorerie pour certaines petites associations, désormais "fragilisées". Toutefois, cela "ne remet pas en cause le mouvement global de générosité des Français", qui veulent toujours contribuer à "faire évoluer la société", affirme-t-elle.

"Ma conviction, c'est que d'ici 2020 les choses vont revenir à la normale", ajoute Axelle Davezac, dont la Fondation, qui chapeaute 850 des 2.500 fondations en France, fête ce mois-ci ses 50 ans. En 1980, rappelle-t-elle, les dons aux oeuvres caritatives atteignaient un milliard de francs (soit environ 150 millions d'euros). En 2015, ils avoisinaient les... 7,5 milliards d'euros, dont 3 milliards en provenance des entreprises.

"En dix ans, la progression du mécénat d'entreprise a été spectaculaire", souligne Axelle Davezac, qui juge "extrêmement positive" la volonté affichée par le gouvernement d'encourager encore d'avantage ce type de générosité.

Pour Jacques Malet, qui préside "Recherche et Solidarités", un réseau associatif d'experts et d'universitaires qui se consacrent à ces questions, après chaque crise conjoncturelle "il y a une certaine élasticité, et en général les dons reviennent ensuite à leur niveau antérieur". "De ce fait, on peut espérer que ça va repartir à la hausse".

N.G. avec AFP