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Si les grandes entreprises paient mal les moyennes, celles-ci paient mal les petites

Le médiateur des relations interentreprises, Pierre Pelouzet, était l'invité de Guillaume Paul dans Good Morning Business ce 11 juin.

Le médiateur des relations interentreprises, Pierre Pelouzet, était l'invité de Guillaume Paul dans Good Morning Business ce 11 juin. - BFM Business

Le montant des retards de paiement entre entreprises a encore augmenté au premier trimestre 2015. Parmi les mauvais payeurs, des grands groupes auxquels compte bien s'attaquer le médiateur des relations interentreprises, comme il l'explique sur BFM Business ce jeudi.

La France détient le triste titre de championne d'Europe des retards de paiements entre entreprises. En atteste le rapport sur les sujets concernant les 120 plus grandes entreprises françaises rédigé par Pierre Pelouzet, le médiateur des relations interentreprises.

Cette dette des unes envers les autres s'élève à près de 4 milliards d'euros. Et si on étend à l'ensemble du tissu économique de la France, ce serait 10, peut-être 15 milliards d'euros qui manqueraient dans les caisses des entreprises françaises. Il y a en effet "un phénomène de cascade", explique Pierre Pelouzet ce jeudi 11 juin sur BFM Business.

"Si les grandes entreprises paient mal les moyennes, à leur tour les moyennes vont mal payer les petites, qui vont mal payer les très petites", souligne-t-il. Or ce sont ces dernières qui "vont vraiment souffrir". Selon le médiateur; 25% des faillites d'entreprises sont liées à des retards de paiement, soit une défaillance sur quatre, et ce sont majoritairement les TPE qui disparaissent.

D'où le moyen d'action choisi, de pointer en premier lieu la responsabilité des très grandes entreprises: "celles d'en haut, celles qui ont les moyens, celles qui déclenchent le paiement, pour résorber l'ensemble du système".

Le signe d'une reprise économique

Deux entreprises françaises sur trois continuent de payer leur facture en retard. Il s'agit souvent, certes, de petits retards: 13 jours en moyenne. Et justement, c'est une moyenne: "les grandes entreprises ne déclarent qu'un ou deux jours de retard de paiement par leur petits clients, mais à l'autre bout du spectre, les petites entreprises sont prises en tenaille entre des retards de paiement, et la nécessité pour elles de payer leur gros fournisseurs en temps et en heure", souligne le médiateur.

Le phénomène ne s'arrange pas avec le temps: le volume de montant de retard de paiement est passé de 3,3 milliards à près de 4 sur le dernier trimestre. Le médiateur du crédit y voit néanmoins le signe positif d'une "augmentation de commandes", donc d'une forme de "reprise économique". Mais les retards de paiement peuvent justement "tuer cette reprise". D'autant que des factures en attente, c'est moins de visibilité et plus de réticence à embaucher.

Le gouvernement a déjà pris des mesures contre cette mauvaise pratique: les mauvais payeurs feront l'objet d'amendes, jusqu'à 75.000 euros, et leur nom sera publié. Les anglo-saxons nomment ce principe le "name and shame". Le médiateur, qui regrette d'avoir à en arriver là, est néanmoins convaincu de l'efficacité de la méthode. "L'année dernière, on avait publié un classement des entreprises en fonction de leurs relations avec leur fournisseurs, je peux vous dire que ça avait fait réagir".

N.G.