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Retraites complémentaires : équilibre fragile, de nouvelles négociations

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- - GERARD JULIEN / AFP

De nouvelles négociations sont prévues entre Medef et syndicats après la remise en cause, jeudi, de la décote à 62 ans par la CFDT.

Il y a un peu plus d'un an, à la suite d'une réunion éclair de quelques dizaines de minutes, syndicats et patronat avaient définitivement acté la fusion des deux régimes de retraite complémentaire du privé à savoir l'Arrco (tous salariés du privé) et l'Agirc (cadres). L'enjeu était d'assurer la pérennité de ces régimes, qui cumulaient encore un déficit de 6,7 milliards d'euros en 2015. À ce titre, la fusion des deux régimes allait permettre d'avoir des réserves cumulées de 60 milliards d'euros.

Oui mais voilà, le régime des retraites complémentaires Agirc-Arrco, devrait à nouveau passer dans le rouge en 2020 si aucune réforme n'est menée, selon des projections fournies par l'administration aux partenaires sociaux. Le régime actuel, qui devait s'approcher de l'équilibre en 2019, connaîtrait des pertes d'un milliard d'euros par an environ à partir de 2020, selon les administrateurs.

Les réserves, qui doivent égaler au moins six mois de prestations, passeraient sous cette limite en 2025 dans le meilleur des scénarii et 2024 dans le pire. Elles seraient totalement épuisées en 2028 ou 2029 selon les scénarii.

Les partenaires sociaux, qui se rencontraient pour une première séance de négociation jeudi, doivent dans les prochaines semaines définir des "coefficients de soutenabilité" à appliquer sur la valeur d'achat ou la valeur de service du point (qui sert à calculer les pensions) afin d'assurer la pérennité du régime. Les administrateurs se sont pour l'instant penchés sur la deuxième option.

Pour que le montant des réserves respecte la règle des six mois de prestations sur un horizon de 15 ans, il faudrait diminuer les retraites d'un certain montant et, selon l'effort consenti, les réserves seraient épuisées en 2050 au plus tard. Pour le Medef, cela signifie qu'on ne peut pas revoir le coefficient de minoration ou de majoration en vigueur depuis le 1er janvier 2019, coefficient qui incite les bénéficiaires à retarder leur départ à la retraite, comme le réclament la CFDT, FO et la CGT au regard des performances financières de 2017.

"Un geste pour les retraités et salariés"

Cette décote diminue de 10% pendant trois ans le montant des pensions des personnes qui partent à la retraite dès qu'elles obtiennent le taux plein. A l'inverse, le mécanisme les augmente de 10% pendant un an lorsqu'elles partent deux ans après l'obtention du taux plein ou encore de 20% et de 30% pendant un an lorsque quelqu'un part trois et quatre ans après.

Pour la CFDT, ces projections peuvent être remises en question, notamment le rendement des réserves. "Les réserves n'ont jamais été pensées comme un outil de gestion sur le long terme", a dit le négociateur du syndicat Frédéric Sève. "On a sans doute plus de marge de manoeuvre qu'on pourrait spontanément croire. Pour nous, il faut un geste pour les retraités et les salariés".

Une nouvelle séance de négociation entre les partenaires sociaux est prévue fin mars ou début avril.