BFM Business

Réforme de l'ENA: "ce n'est pas une affaire de sémantique", juge Fabien Tastet

Sur BFM Busuiness, le président de l'association des hauts-fonctionnaires territoriaux réagit aux propositions du rapport Thiriez sur les grands corps de l'Etat et la réforme de l'ENA.

Très attendu, le rapport de Frédéric Thiriez sur la réforme de la haute fonction publique et de l'ENA, l'Ecole Nationale d'Administration, continue de faire réagir. Sur BFM Business, Fabien Tastet, le président de l'association des hauts-fonctionnaires territoriaux, souligne que le rapport contenant 42 propositions est "riche, dense, audacieux" même s'il ne constitue qu'une première étape, les décisions finales relevant du gouvernement.

"Que disent les Français? Les hauts fonctionnaires ne nous ressemblent pas, ils relèvent d'une catégorie sociale supérieure, ils sont tous parisiens, franciliens, ils ne nous ressemblent pas. Deux, ils ne connaissent pas le terrain et trois, ils ne travaillent pas ensemble" explique-t-il. "Il y a trois sphères de l'action publique: l'hôpital, les collectivités locales, l'Etat et ils sont tout le temps en bisbille, ça n'avance pas (...) Et à ces trois questions qui sont effectivement fondamentales (...) le rapport Thiriez met des pistes sur la table", souligne Fabien Tastet.

L'importance des classes préparatoires intégrées

La formation des hauts fonctionnaires, notamment à travers l'ENA, est évidemment au coeur de ces questions. Le rapport propose un changement de nom et qu'elle soit plus proche du terrain, plus ouverte à la diversité sociale. Un des points les plus emblématiques serait la suppression de la redoutable épreuve de culture générale du concours d'entrée.

Sur ce point, le responsable est plutôt d'accord, soulignant que cette culture générale "est vérifiée avant, elle est vérifiée dans un parcours (...) on a déjà vérifié un certain nombre de compétences" avant de concourir. 

Fabien Tastet valide également la proposition des classes préparatoires intégrées, avec la prise en compte de critères sociaux afin "d'amener" plus de jeunes "défavorisés, ruraux..." aux concours de la fonction publique. Aujourd'hui 130 élèves par an sont préparés à ces concours, l'objectif serait de passer à 400.

Non au débat sémantique 

Pour autant, le président de l'association des hauts-fonctionnaires territoriaux, ne souhaite pas que tout le débat se résume au changement de nom de l'ENA.

"Pour moi, c'est pas le sujet majeur. Je trouve qu'on coupe un les cheveux en quatre dans cette affaire. Que dit Frédéric Thiriez? Les hauts fonctionnaires, il faut les former (...) donc il faut des écoles. Cette école elle a sans doute des imperfections, c'est vrai. Que fait-on? On change le nom, on garde une école mais on l'appelle plus ENA mais comme la marque ENA est connue à l'étranger, on garde pour partie le nom ENA donc à la fin moi je trouve qu'on y comprend plus rien. On a une école, ne nous embêtons pas avec les noms, c'est pas une affaire de sémantique, gardons le même nom et faisons évoluer cette école pour qu'elle soit plus performante".

Et d'ajouter: "il faut que ces écoles forment des hauts fonctionnaires opérationnels (...) qu'ils ne le sont aujourd'hui". Le rapport suggère en effet une formation commune de 6 mois, dont un stage de 4 mois au plus près du terrain. "Et il faut que ces écoles soient garantes de la lutte contre la pensée unique", estime le responsable.

Olivier Chicheportiche