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Rebond de la zone euro: le chef économiste de la BCE reste assez pessimiste

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Pour l'économiste en chef de la BCE, Philip Lane, le fort rebond des mois de mai et juin ne signifie pas que l'économie de la zone euro va retrouver rapidement son niveau d'avant la pandémie.

Il ne faudrait pas se réjouir trop vite des bons chiffres de l'économie européenne des derniers mois. Philip Lane, économiste en chef de la Banque centrale européenne, tempère dans une note publiée sur le blog de l'institution de Francfort. Si le PIB de la zone euro a chuté de 12,1% au deuxième trimestre, c'est en effet bien moins que ce qui avait été prévu par la BCE, qui tablait sur 13%. "Il ne serait pas judicieux de tirer des conclusions solides du deuxième trimestre", prévient l'économiste, qui estime qu'il faut évaluer "conjointement" les chiffres du deuxième et du troisième trimestre.

"Dans la mesure où le déblocage de l'économie européenne a progressé plus rapidement en mai et en juin qu'initialement prévu, cela peut impliquer une accélération moins forte de l'activité économique au troisième trimestre, car davantage de secteurs passeront de la phase de réouverture à un taux de croissance plus graduel", détaille Philip Lane. "S'il y a eu un rebond de l'activité économique, le niveau de ralentissement économique reste extraordinairement élevé et les perspectives très incertaines", avertit l'économiste en chef de la BCE.

Menace d'une reprise de l'épidémie

La menace d'une reprise de l'épidémie, face à l'augmentation du nombre de cas de coronavirus dans certaines parties de l'Europe, a conduit plusieurs pays à reprendre des mesures de confinement local, ou à retarder la mise en œuvre du déconfinement. "Outre l'impact négatif direct sur certains secteurs, en particulier le tourisme, les revers dans l'endiguement du virus pèsent également sur le sentiment des consommateurs et des investisseurs", poursuit-il, pointant également du doigt la hausse du nombre de cas dans les économies hors de la zone euro et son effet négatif sur les exportations européennes.

Cette incertitude "continue de freiner l'investissement des entreprises (…) On peut s'attendre à ce que les baisses réelles et prévues de l'emploi et des revenus maintiennent l'épargne de précaution des ménages à des niveaux élevés (…) Les banques s'attendent à un resserrement net des normes de crédit pour les prêts aux entreprises (…). L'économie devrait mettre beaucoup de temps à se remettre complètement du choc pandémique et pourquoi un soutien important de la politique budgétaire et monétaire est nécessaire", assure Philip Lane.

Jérémy Bruno