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Quels sont les industries que la France pourrait relocaliser sur son territoire?

La crise a mis en évidence l'incapacité du pays à produire rapidement sur son sol du matériel de santé. Mais d'autres industries pourraient aussi être incitées à produire localement pour éviter la dépendance à l'extérieur.

C'est un peu le retour du bâton de la mondialisation. En important massivement depuis l'étranger, de nombreux pays dont la France ont constaté leur manque de préparation à l'épidémie. La "guerre" des masques que se livrent des Etats pour acheter des lots sur les tarmacs chinois est un signal flagrant des limites de la globalisation, dans un contexte inattendu. "Il nous faut (…) produire davantage en France, sur notre sol" a souligné Emmanuel Macron. "Pour certains produits et certains matériaux, le caractère stratégique impose d’avoir une souveraineté européenne, pour réduire notre dépendance". Tout d'horizon des secteurs qui pourraient être concernés.

La santé

Impensable de ne pas relocaliser une partie de la production des masques ou respirateurs. L'épidémie a mis en évidence les manques dans ce secteur. Les réflexions de l'après-crise allongeront probablement la liste des équipements nécessaires pour affronter une nouvelle crise sanitaire.

Au-delà des équipements, la question des médicaments a aussi été posée. En effet, les Chinois sont devenus en quelques années les premiers producteurs au monde des différents principes actifs de base, intégrés dans les médicaments produits en Europe ou ailleurs. Comme pour les produits high tech, la Chine s'est imposée en proposant aux grands laboratoires des coûts de production plus bas. L'épidémie qui a d'abord frappé le pays, en février dernier, laissait même craindre une pénurie de paracétamol. 

Sur BFM Business, le président de Sanofi a néanmoins tempéré ce tableau sombre. "Les nouveaux médicaments qui arrivent sont issus de la bio-production" (c'est-à-dire issus d'une source biologique comme une cellule et non par de la chimie de synthèse, NDLR) explique-il. "Or, les médicaments plus anciens, qui sont issus de la chimie pharmaceutique, sont ceux qui ont été délocalisés." En clair, ce sont effectivement les médicaments "classiques" qui pourraient être de nouveau produits en Europe. Sanofi a d'ailleurs annoncé son intention de créer une nouvelle entité qui réunirait une partie des sites de fabrication de principes actifs du groupe en Europe.

Les composants électroniques

Comme le souligne le syndicat national des entreprises de sous-traitance électronique (SNESE), 80% de nos livraisons de circuits imprimés en France viennent de Chine. Et ces dernières semaines les entreprises de l'électronique sont confrontées à d'importantes difficultés approvisionnement.

En effet, la France ne compte qu'une dizaine d'entreprises spécialisées qui fournissent, pour la plupart, des marchés de niche comme la défense ou l'aérospatial. Soit environ 0,5% du marché mondial… Dans une lettre envoyée à la filière, Bruno le Maire a d'ailleurs reconnu que la continué des activités de fabrication électronique est absolument essentielle. Un groupe interprofessionnel travaille actuellement sur ce sujet. Mais cela impliquera aux clients d'accepter des prix forcément plus élevés que les produits venus d'Asie.

Le métaux et terres rares

Cobalt, gallium, nickel… Autant de composants qui prennent une importance industrielle vitale pour la France. Ces métaux et "terres rares" entrent, par exemple, dans la composition des batteries. Et ces métaux précieux, même s'ils sont présents en réalité un peu partout sur la planète, sont essentiellement extraits par la Chine. Non seulement Pékin est devenu le premier producteur au monde de ces minerais mais il prend aussi soin d'acheter la production des autres pays. A commencer par les réserves françaises comme en Nouvelle-Calédonie où le nickel extrait est largement envoyé en Chine.

Reste que leur exploitation est très nocive pour l'environnement. L'année dernière, le Conseil économique, social et environnemental a ainsi proposé à la France de se concentrer plutôt sur le recyclage des batteries existantes.

L'agroalimentaire

"Déléguer notre alimentation à d'autres est une folie" a lancé Emmanuel Macron le 12 mars dernier. La France reste une place forte agricole, elle est d'ailleurs leader en Europe concernant les productions végétales (18% de la valeur des productions européennes) et les productions animales (15%) selon un récent rapport sénatorial. Pour autant, sa production stagne en volume face à celle de ses concurrents. "La France fait partie des pays ayant perdu le plus de parts de marché au niveau mondial depuis 2000. Alors qu’elle était le troisième principal exportateur mondial en 2005, la France occupe désormais le sixième rang" affirme le rapport.

Qu'en est-il du marché domestique? Si certains secteurs comme le blé ne présentent pas de soucis particuliers, la France importe désormais près d'un fruit et légume sur deux contre un tiers en 2000. De la même façon, les importations de volaille représentent 34 % de la consommation intérieure de volailles en 2017 alors qu’elle ne comptait que pour 13% en 2000. "Cela est dû à une explosion des importations en provenance de Pologne, de Belgique et des Pays-Bas" souligne le rapport.

Pour autant, relocaliser en France reste complexe si l'on veut éviter une explosion des prix: le coût de la main d'œuvre et les impératifs sanitaires, parmi les plus rigoureux du monde, pèsent sur la facture finale pour les consommateurs.

Les data centers

Les données numériques sont souvent présentées comme l'or noir du 21ème siècle. Et c'est donc un "enjeu de souveraineté" pour la France. Si l'Hexagone a du retard par rapport à ses voisins en matière de data centers, elle commence à accélérer l'allure pour éviter d'être distancée. D'abord, une entreprise française, OVHcloud, fait partie des meilleurs européens. Surtout, les entreprises du monde entier multiplient les parcs sur le territoire national, qui propose une électricité peu chère et un bon réseau télécoms.

Reste que le marché est largement dominé par 4 acteurs américains: Amazon, Microsoft, Google et IBM. En Chine, Alibaba vient d'annoncer 26 milliards d’euros d'investissements dans le cloud.

Thomas Leroy