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Quelles conditions pour relocaliser la production de médicaments?

L'épidémie de coronavirus a mis en exergue notre dépendance à la Chine en la matière. Sur BFM Business, Frédéric Collet, président du Leem (les entreprises du médicaments) explique dans quelles conditions une relocalisation est possible.

80% des principes actifs de médicaments utilisés en Europe sont fabriqués hors de l'espace économique européen, dont une grande partie en Chine. De quoi clairement poser la question de notre dépendance à la Chine lors de l'épidémie de coronavirus, une situation qui a poussé Emmanuel Macron et Angela Merkel à plaider pour une Europe de la santé et pour la relocalisation de certaines productions pharmaceutiques sur le Vieux continent.

Pour Frédéric Collet, président du Leem (les entreprises du médicaments) sur BFM Business, cette situation résulte d'abord d'un choix stratégique, d'un positionnement.

"Nous étions au début des années 2000 les premiers en Europe dans la fabrication de médicaments, nous sommes aujourd'hui les 4e. Pourquoi, parce que nous sommes positionnés sur ce qu'on appelle des molécules vieillissantes. 80% de ce que nous produisons est exposé au générique. Et a contrario, nous ne sommes pas positionnés sur les dernières technologies, (...) c'est une question de positionnement". 

Et de poursuivre: "l'attention que nous devons porter au coût de revient de ces médicaments est très fort. Donc, plus nous sommes exposés à ces traitements qui sont génériqués, plus nous prenons le risque d'être dépendants de sourcing qui se feraient à l'extérieur".

Molécules vieillissantes

En clair, tant que l'industrie française pharmaceutique sera positionnée sur ces molécules, le recours à une production étrangère sera obligatoire pour une question de coûts.

Quelles sont alors les options pour la France? Pour l'expert, il s'agit avant tout de redevenir attractif.

"Il faut régler un certain nombre de questions sur par exemple les prélèvements obligatoires et la fiscalité" ainsi que "la lourdeur administrative". Frédéric Collet rappelle ainsi que les prélèvements sont de l'ordre de 60% contre 40% "en moyenne pour les pays qui nous ressemblent".

Et de changer de paradigme en se positionnant sur l'avenir avec les médicaments de biotech. "3% seulement des produits de biotech donc ce qui va représenter la pharmacopée de demain est fabriquée en France", rappelle Frédéric Collet.

L'expert souligne enfin que la production de médicaments n'est pas la seule composante de l'indépendance sanitaire, "c'est plus complexe que ça". "C'est l'ensemble de la chaîne de conception et de mise à disposition du médicament qui doit être conçu". "La production c'est un élément, ce n'est pas le seul", conclut-il.

Olivier Chicheportiche