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Quand le ministre allemand de l'Economie envisage une relance budgétaire

Peter Altmaier

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Face au ralentissement de l'économie outre-Rhin, le ministre allemand de l'Economie et de l'Energie, Peter Altmaier, mentionne la piste d'un programme de relance.

Plus de 45 milliards d'euros: c'est le gigantesque excédent budgétaire de l'Allemagne au premier semestre, qui ne représente pas moins de 2,7% du PIB outre-Rhin sur la période. Or, face à la croissance atone, les appels à délier les cordons de la bourse se multiplient aussi bien dans le pays qu'à l'étranger. La première économie de la zone euro a vu son PIB reculer de 0,1% au deuxième trimestre. Tous les signaux pointent en direction d'une nouvelle contraction de l'activité pour le trimestre en cours, alors que l'Allemagne semble en mesure de dépenser davantage pour soutenir l'activité.

La rigueur allemande conduira-t-elle l'Europe vers la récession? "Nous n'en sommes pas encore là. Il y avait une croissance économique très impressionnante pendant presque dix ans. La croissance est actuellement en pause. Nous sommes [déterminés à] tout faire pour débloquer les obstacles, pour recréer une dynamique économique. La coopération franco-allemande peut nous aider à achever ce but", estime ainsi le ministre allemand de l'Economie et de l'Energie Peter Altmaier. Ce dernier répondait jeudi aux questions d'Hedwige Chevrillon sur BFM Business, en marge de la "Rencontre des entrepreneurs de France", l'université d'été nouvelle version du Medef.

L'économie allemande, centrée sur les exportations, souffre des tensions commerciales. D'autant que Pékin et Washington ne semblent pas prêts à baisser les armes. Les exportations se sont contractées de 0,8% au deuxième trimestre sur un an, du jamais-vu depuis six ans, selon des chiffres publiés cette semaine par Destatis. "Nous avons, grâce à nos exportations, généré une croissance impressionnante. C'est l'avantage de l'industrie allemande […], qui nous a permis d'avoir un nombre d'emplois industriels assez élevés. Ça ne nous empêche pas de créer une demande au plan national", justifie Peter Altmaier. 

"Une marge de manœuvre un peu plus large"

"Nous sommes maintenant en train de réformer notre politique de protection du climat […]. Nous allons créer des programmes pour améliorer l'efficacité énergétique, pour [nous tourner encore plus vers] les énergies renouvelables. Cela aura un effet considérable sur notre économie", poursuit le ministre allemand. Berlin refuse pour l'heure de remettre en cause sa politique d'équilibre du budget fédéral, malgré les besoins d'investissements en infrastructure et des conditions de financement d'emprunt extrêmement favorables sur le marché obligataire.

"[Bruno Le Maire s'attelle en ce moment à] consolider la dette publique et le budget en France. Nous l'avons fait il y a déjà 5 à 10 ans. Maintenant, nous avons une marge de manœuvre un peu plus large pour financer des dépenses d'infrastructures en Allemagne, ce qui pourrait évidemment aider l'industrie allemande à se relever", souligne Peter Altmaier. Même si Berlin décidait d'ouvrir (un peu) les vannes, ses marges de manoeuvre resteraient limitées car le pays a inscrit un "frein" dans sa constitution, qui limite le déficit annuel à 0,35% du PIB. En outre, il faudra trouver une majorité au sein de la grande coalition formée par les chrétiens-démocrates de la CDU/CSU et les sociaux-démocrates du SPD, qui sont divisés sur l'opportunité d'une relance budgétaire. 

J. B. avec AFP