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Privatisations et évasion fiscale: la France va aider la Grèce

La France va veiller au grain sur la manière dont la Grèce va exécuter les contreparties au plan d'aide européen dont elle bénéficie.

La France va veiller au grain sur la manière dont la Grèce va exécuter les contreparties au plan d'aide européen dont elle bénéficie. - Louisa Gouliamaki - AFP

Le fonds de privatisation des biens publics grecs ne sera pas logé hors du pays, comme l'espérait l'Allemagne, mais la Grèce ne le gérera pas seule. La France sera étroitement associée à son administration.

La France endosse une fois de plus le costume du partenaire privilégié de la Grèce au sein de l'Union européenne. Paris va aider Athènes à gérer les privatisations acceptées par Alexis Tsipras dans le cadre du dernier accord européen, et à faire la chasse aux fraudeurs fiscaux. Un protocole d'accord a été signé ce vendredi par les ministres français et grec des Finances, alors que François Hollande était en visite à Athènes.

L'Hexagone va notamment participer à monter et à gérer le Fonds de cession chargé de solder les participations de l'Etat grec dans des entreprises. L'objectif est d'éviter tout "bradage" de ces actifs, une situation qui s'est produite dans le passé, dans des conditions qui plus est opaques, a déclaré le ministre français des Finances, Michel Sapin.

Eviter tout copinage

Les conditions de création de cette structure, actée dans l'accord du 13 juillet, avaient fait l'objet d'un bras de fer entre l'Allemagne et la Grèce, et longtemps bloqué l'obtention d'un compromis. Berlin, et tout particulièrement le rigoriste ministre des Finances Wolfgang Schaüble aurait insisté pour que ce fonds soit logé, non pas en Grèce, mais au Luxembourg. Un moyen non-avoué d'éviter tout copinage dans les procédures de cession, et de veiller à la bonne redistribution de ses revenus. Mais Athènes refusait mordicus, y voyant un abandon de souveraineté intolérable.

Finalement, donc, le fonds sera bien logé en Grèce, mais il sera en quelque sorte cogéré par la France, qui pourra ainsi veiller à ce que le produit des cessions, évalué à 50 milliards d'euros par Bruxelles, serve majoritairement à rembourser les créanciers européens d'Athènes, comme convenu.

Paris joue "le bon flic"

Depuis l'arrivée au pouvoir d'Alexis Tsipras en Grèce, Paris a souvent mis la main à la pâte pour assurer la cohésion européenne, ce que d'aucuns ont qualifié de "jouer le bon flic". François Hollande a encore assuré ce vendredi devant le Parlement grec que la question "de la sortie de la Grèce de la zone euro était derrière nous". En tout cas, tant que la Grèce respecte ses engagements vis-à-vis ses partenaires européens.

Cette influence a déjà été déterminante au plus fort des dissensions l'été dernier, lorsqu'un consensus européen sur l'aide à la Grèce paraissait plus que jamais hors de portée. En coulisses, début juillet, des technocrates français rompus à la diplomatie européenne avaient directement assisté le ministre des Finances grec dans la rédaction de ses propositions aux Européens. Quelques jours plus tard, un accord émergeait.

Des investissements "bénéfiques aux deux économies" 

Le protocole signé ce vendredi prévoit également que Paris, spécialiste dans ce domaine, aide Athènes à mettre en place un service de régularisation des fraudeurs fiscaux détenant des comptes à l'étranger. Il s'inspirera directement de la cellule mise en place par Bercy qui rapporte plus de 2 milliards d'euros par an au fisc français.

La France s'engage en outre à assister la Grèce à réformer son administration, à piloter ses finances publiques, et à prendre des mesures pour favoriser l'investissement. Le commissaire français à l'investissement, l'ex-patron de Renault Louis Schweitzer, collaborera avec un homologue grec pour mobiliser les investisseurs, "identifier les secteurs d'intérêt commun et les opportunités de partenariats économiques" entre la France et la Grèce, "au bénéfice des deux économies".

Nina Godart avec agences