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Pourquoi Marine Le Pen ne parvient pas à emprunter pour sa campagne

Le Front national ne serait pas le seul parti à se voir refuser ses demandes de prêts. Les banques françaises veulent en effet se retirer du jeu politique. Explications.

Les banques françaises boycottent-elles le FN? Après avoir essuyé refus sur refus, Marine Le Pen en est persuadée: "Il y a probablement des considérations politiques derrière cela". Mais la réalité, elle, est bien plus complexe.

D’abord, une nouvelle directive impose aux banques, dès lors qu’elles financent une personnalité politique, de connaître parfaitement cette personne, mais aussi son entourage -un membre de sa famille ou toute personne qui lui est associée. Ce qui dans le cas du FN, pourrait poser problème.

La Société générale ne veut plus financer les partis

Ensuite, la capacité de remboursement des candidats inquiète les établissements français. Ce qui pousse certains d’entre eux à avancer le principe de neutralité politique. La Société générale, par exemple, a d’ores et déjà indiqué qu’elle ne financerait plus aucun parti politique. Tandis que d’autres banques sont progressivement en train de lui emboîter le pas.

Autre élément susceptible de refroidir les organismes de financement: la "jurisprudence Sarkozy". "Les banques ont sûrement eu très peur après l’invalidation des comptes de campagne" de l’ancien chef de l’État, avance Wallerand de Saint-Just, le trésorier du FN.

"La confiance, ça se gagne"

Faux, répond Daniel Fasquelle, son homologue des Républicains, qui ne s’inquiète pas outre-mesure. "La confiance, cela se gagne. Nous avons fait preuve de beaucoup de sérieux pour rembourser la dette du parti" assure celui qui est pressenti pour être le trésorier de l’ex-président en cas de victoire à la primaire. "Si Nicolas Sarkozy est candidat, il y aura une rencontre avec une ou plusieurs banques, afin de mettre en place un mécanisme de contrôle pendant la campagne. Les banques veulent des garanties, c’est bien normal, elles ne sont pas là pour faire des dons".

Il n’empêche que si les banques françaises venaient à bouder unanimement les candidats à la présidentielle, "cela poserait un problème en ce qui concerne le financement global de la vie publique", relève Jean-François Debat, le trésorier du Parti socialiste. Avec, comme solution alternative, le financement par des banques étrangères. "Dans ce cas, cela me gênerait beaucoup", poursuit le maire de Bourg-en Bresse. "Cela ne serait pas bon pour la vie politique française, car les élections déterminent aussi les orientations stratégiques de la nation. Et voir les candidats financés par des établissements russes, d’Azerbaidjan, ou du Moyen-Orient…"

Les banques veulent un financement public de la politique

Du côté du Front national, on réfléchit pourtant à cette option. "Tout est envisageable, y compris la Russie", assure Wallerand de Saint-Just, indiquant que le parti aura besoin "de 20 à 25 millions d’euros, pour la présidentielle et les législatives".

Le FN ne perd toutefois pas espoir de trouver un financement auprès d’un établissement français. Et compte, pour cela, "saisir publiquement la Banque de France et le ministère de tutelle", en l’occurrence Bercy.

Une démarche que devraient approuver les banques. La fédération bancaire française, dans la lettre qu’elle a récemment adressée à Marine Le Pen, évoque en effet une "saisie des autorités politiques" afin de sonner l'alerte. Car le phénomène s’étend: de plus en plus de banques militent pour la mise en place d'un autre système de financement, public et transparent. Celui-ci pourrait s’appuyer, par exemple, sur bpifrance ou sur la Caisse des dépôts et des consignations. En clair: un organisme tiers qui les aiderait à sortir définitivement de la politique.

Yann Duvert, avec Caroline Morisseau