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Pourquoi la suppression de l’exit tax fait autant débat

Emmanuel Macron a justifié la fin de cet impôt par son faible rendement et ses effets nocifs pour l’attractivité française. Mais cette décision pourrait bien le desservir.

Si l’image de "président des riches" colle désormais à la peau d’Emmanuel Macron, celui-ci ne semble pas pressé de s’en défaire. En témoigne l’annonce, dans le magazine Forbes, de la prochaine suppression de l’exit tax, un dispositif de lutte contre l’évasion fiscale. Pour Emmanuel Macron, la suppression de cet impôt renforcera l’attractivité de la France en évitant d’envoyer un "message négatif" aux entrepreneurs potentiels.

En outre, a justifié le président français, Cet impôt n'est "pas particulièrement intéressant pour les finances publiques". Selon Bercy, les "recettes effectivement recouvrées" ont en effet été "inférieures à 100 millions d’euros au total entre 2012 et 2017". "Entre 10 et 15 millions d'euros par an", a abondé le Premier ministre Edouard Philippe, mercredi sur BFMTV.

Sur le papier, donc, la suppression d’un impôt peu rentable et susceptible de faire fuir les talents apparaît logique. Cependant, l'opposition ne voit pas les choses du même oeil. "L'argument selon lequel cette taxe rapporterait peu ne tient pas", a immédiatement réagi l’ancien secrétaire d’État au Budget Christian Eckert, qui attribue le faible rendement de l'"exit tax" à son effet "dissuasif". "Au moment où tout le monde parle de lutter contre l'évasion fiscale", il est "incompréhensible de la supprimer", a-t-il déploré.

"Maintenant, on va ramer"

En prenant cette décision, Emmanuel Macron offre donc à ses opposants une occasion inespérée. L’"exit tax" ne concerne que les personnes détenant plus de 800.000 euros en actions et obligations, ou au moins 50% du capital d'une entreprise.

La polémique n’a d’ailleurs pas tardé à enfler. Sans surprise, les attaques les plus virulentes sont venues de la gauche (PS, Insoumis), tandis que la droite et le FN ont également protesté.

Mais la sortie présidentielle n’a pas non plus fait que des heureux parmi ses partisans. "Sortir ça dans un magazine américain, sans explication… Maintenant, on va ramer", se désole ainsi un député de la majorité dans Le Monde. En clair: les difficultés à rendre la politique gouvernementale audible vont s’amplifier sur le terrain.

D’autant qu’un certain mécontentement se fait déjà sentir, un an après l’élection d’Emmanuel Macron. Selon un sondage Odoxa pour BFM Business, Challenges et Aviva, 72% des Français jugent ainsi que sa politique est "socialement injuste".

Y.D.