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Pour Douste-Blazy, le débat sur la chloroquine "n'est pas tranché"

Une vaste étude réalisée sur 96.000 patients a remis en doute l'efficacité du médicament pour lutter contre le Covid-19. Mais pour l'ancien ministre, partisan de son utilisation, elle ne décrédibilise pas les recommandations du professeur Didier Raoult.

Le débat autour de l'hydroxychloroquine n'est pas tranché mais le médicament star du professeur Didier Raoult a pris un sérieux coup dans l'aile. Publiée dans la revue scientifique The Lancet, une large étude réalisée sur 96.000 patients suggère que la molécule se montre inefficace voire dangereuse.

Une conclusion "à prendre avec des pincettes" tempère ce lundi sur le plateau de "12H, l'Heure H" l'ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy et actuel administrateur de l'IHU Méditerranée Infection (l'institut dirigé par Didier Raoult). "C'est très compliqué (…) il faut prendre beaucoup de recul."

Des groupes étudiés "pas tout à fait comparables"

Si ce partisan de l'hydroxychloroquine assure que l'étude en question a été réalisée par "un homme remarquable", elle peut être critiquable. Les groupes étudiés "ne sont pas tout à fait comparables" précise-t-il. "Les malades" dont parle l'auteur de l'étude, "ce sont des gens qui ont eu l'hydroxychloroquine déjà à l'hôpital, et déjà avec des charges virales très élevées. Le professeur Raoult, lui, ne dit pas cela. Il dit: il faut donner de l'hydroxychloroquine au début."

Et de marteler : "l'hydroxychloroquine ne marche pas chez les cas ayant du Covid déjà avancé" insiste Philippe Douste-Blazy. Selon lui, "pour régler le problème, il faut faire une étude prospective, c’est-à-dire un essai clinique."

Un taux de mortalité inférieur à Marseille

Car "le taux de mortalité des personnes hospitalisées à Marseille et dans les autres régions de la France est complètement différent" rappelle-t-il. Cinq fois moins élevé dans la cité phocéenne que dans la capitale, selon le professeur Didier Raoult. En clair, le débat "n'est pas tranché" conclut l'ancien ministre.

Dans le détail, les données de l'étude publiée dans The Lancet proviennent de 671 hôpitaux avec une très large cohorte de patients hospitalisés. Elle se concentre sur l'effet de 4 traitements distincts (chloroquine, chloroquine avec macrolide, hydroxychloroquine et enfin hydroxychloroquine avec macrolide) pour le comparer avec un groupe sans traitement de ce type. Les patients hospitalisés ont reçu les traitements dans les 48 heures au maximum qui ont suivi leur diagnostic positif au Covid-19. Mais cela ne signifie pas qu'ils étaient tous au même stade de gravité de la maladie au moment de se faire tester. 

Une étude "foireuse" selon Raoult

Si les 5 groupes de patients (groupe témoin sans traitement et les 4 groupes traités différemment) sont comparables (en âge, origine ethnique, sexe, comorbidités...), certains critères retenus pour mesurer la gravité des cas ont été critiqués par certains observateurs pour leur manque de précision. Par exemple, la part des patients ayant un taux de saturation en oxygène (SpO2) inférieur à 94% sont similaires dans les 5 groupes. Cependant, il s'agit d'une variable qui peut avoir une signification très différente. Une saturation comprise entre 90% et 94% ne sera généralement pas considérée comme critique (le SpO2 "normal" étant compris entre 95% et 100%). En revanche, l'état des patients sera bien plus préoccupant avec un SpO2 compris entre 80% et 90% et encore plus critique en-dessous de 80%.

L'étude a été sans surprise qualifiée de "foireuse" par Didier Raoult. En revanche, Jean-François Bergmann, ancien vice-président de la commission d'autorisation de mise sur le marché à l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), a indiqué à BFMTV que l'étude en question était parfaitement valable. Ce dernier estime néanmoins que "des études randomisées" sont nécessaires pour trancher définitivement la question. Si certaines ont déjà été publiées, mettant en doute les propriétés de l'hydroxychloroquine, les résultats de l'essai Discovery, attendu dans les jours à venir, devraient apporter un éclairage nouveau. 

Thomas Leroy