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Plan de sauvetage : le contribuable paiera quoi ?

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Après l’annonce par Nicolas Sarkozy d'un plan de 360 milliards destiné à redonner confiance aux acteurs financiers français, nos experts en décryptent les mécanismes et son impact sur les contribuables.

Le plan français pour financer l'économie et restaurer la confiance entre les opérateurs de crédit est soumis ce mardi aux parlementaires. Les députés vont voter pour un amendement au projet de loi de finance et les sénateurs le feront à leur tour mercredi. L'objectif est d'aller vite, pour répondre à l'urgence de la crise. L'Elysée souhaite une application du plan « avant le fin de semaine ».

320+40 qui font 360 milliards

Ce plan de secours, décidé en commun avec l'ensemble des pays de la zone euro sur l'exemple de la Grande Bretagne, a été décliné par chaque pays. La France annonce donc 360 milliards d'euros potentiellement versés aux banques en difficultés :
- 320 milliards d'euros pour les aider à trouver de l'argent sur les marchés financiers afin de débloquer les prêts aux entreprises et aux particuliers. Comme les banques ne se prêtent plus entre elle faute de confiance, c'est une société créée par l'Etat qui se portera garante en allant leur trouver de l'argent. - 40 milliards d'euros seront donnés à une autre société créée par l'Etat, qui rentrera au capital des banques en difficulté pour leur éviter la faillite, et les aider à lever des fonds. Mathieu Plane, économiste à l'OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques), explique que « une fois la crise passée, s'il se désengage progressivement, l'Etat peut même revendre à un meilleur prix que ce qu'il a acheté ».

Si tout se passe « normalement »

Philippe Dessertine, professeur de finances à l'université Paris X Nanterre précise et modère ce scénario: « Le gouvernement et le Premier Ministre disent que si tout se passe normalement ça ne coûtera rien et ça permettra presque de gagner de l'argent. Le mot clé, c'est « normalement ». Si tout se passe normalement, on n'utilisera pas ces sommes, ou ces sommes, lorsqu'elles seront utilisées permettront d'avoir des titres bancaires qui auront la même valeur que la somme investie, et que donc l'Etat récupérera. Ca, c'est si nous n'avons pas de difficultés.
Si en revanche les banques françaises, comme les banques européennes, ont des difficultés, c'est-à-dire si nous avons par exemple des grands comptes qui se révèlent insolvables, ça signifiera que la contribution de l'Etat servira à éponger les pertes. C'est pour ça que les marchés repartent. Auquel cas, c'est le contribuable qui devra payer ».

40 milliards à financer plus les intérêts

Selon Bernard Marois, économiste, professeur émérite à HEC Paris et président du club Finance HEC, « pour la partie garantie des prêts, le contribuable n'est normalement pas appelé à intervenir puisque c'est simplement une caution que l'Etat donne aux banques pour qu'elles se remettent à se prêter les unes aux autres.
Par contre, les 40 milliards de prises de participation éventuelles il faudra les financer, vraisemblablement par l'endettement. Il faudra qu'on rembourse ces emprunts, il y aura des intérêts à verser, donc d'une façon ou d'une autre, le contribuable sera amené à payer ».

La rédaction avec Fabien Crombé et Céline Pitelet-Bourdin & Co