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Paris et Berlin promettent de travailler ensemble sur la crise

Le président français Nicolas Sarkozy, jeudi à l'Elysée. La France et l'Allemagne ont promis jeudi de travailler ensemble sur la crise de la dette européenne après la nouvelle chute des marchés en réaction à la désunion apparue entre Européens sur les que

Le président français Nicolas Sarkozy, jeudi à l'Elysée. La France et l'Allemagne ont promis jeudi de travailler ensemble sur la crise de la dette européenne après la nouvelle chute des marchés en réaction à la désunion apparue entre Européens sur les que - -

par Marc Jones PARIS/BERLIN - La France et l'Allemagne ont promis jeudi de travailler ensemble sur la crise de la dette européenne après la nouvelle...

par Marc Jones

PARIS/BERLIN (Reuters) - La France et l'Allemagne ont promis jeudi de travailler ensemble sur la crise de la dette européenne après la nouvelle chute des marchés en réaction à la désunion apparue entre Européens sur les questions de réglementation financière.

Angela Merkel a téléphoné à Nicolas Sarkozy après le désaccord apparu au grand jour avec la décision unilatérale de la chancelière allemande d'interdire les ventes à découvert sur certains produits financiers et le nouvel accès de faiblesse de l'euro qui en est résulté.

Selon un porte-parole de la chancelière, le président français et Angela Merkel ont décidé de présenter mi-juin aux dirigeants de l'Union européenne des propositions conjointes pour une stratégie de croissance économique et de coordonner leurs positions au sommet du G20 prévu fin juin et qui tentera d'élaborer un nouveau règlement pour la finance mondiale.

Sarkozy se rendra à Berlin le 7 juin dans ce but, a-t-il indiqué. L'information a été confirmée à Paris. Il s'agit de discuter d'une coordination des positions de la France et de l'Allemagne en vue du prochain Conseil européen du 17 juin et des sommets du G8 et du G20 prévus fin juin au Canada, a précisé l'Elysée dans la soirée.

Les deux dirigeants, poursuit le communiqué, sont aussi d'accord pour que "les positions françaises et allemandes soient étroitement coordonnées, en particulier dans le cadre des travaux du groupe Van Rompuy, consacrés notamment au renforcement de la stabilité de la zone euro, qui débutent le 21 mai".

L'EURO REMONTE A 1,25 DOLLAR

Le président du Conseil européen Herman Von Rompuy doit installer vendredi un "groupe de travail" des ministres des Finances de l'Union européenne qui sera notamment consacré au renforcement de la stabilité dans la zone euro. Lors de cette réunion, l'Allemagne proposera de renforcer l'arsenal de sanctions dont dispose l'Union européenne en matière budgétaire.

L'Allemagne veut notamment créer une procédure de cessation de paiement d'un Etat.

L'euro, qui avait plongé mercredi à 1,2143 dollar - un nouveau plus bas de quatre ans - au lendemain de la décision unilatérale de l'Allemagne, est remonté à 1,25 dollar à la nouvelle de l'entretien téléphonique franco-allemand.

Le président français avait auparavant dévoilé son intention de modifier la Constitution pour inscrire dans la durée la nécessité de redresser les finances publiques, mais sans aller jusqu'à y fixer des objectifs chiffrés comme en Allemagne, dans le but à la fois de rassurer les marchés et de montrer sa bonne volonté à Berlin.

Jeudi soir, après un dîner avec le nouveau Premier ministre britannique David Cameron, Nicolas Sarkozy a nié l'existence de désaccords franco-allemands sur la réponse à la crise de la zone euro et indiqué qu'il était comme le gouvernement allemand en faveur de sanctions à l'encontre des pays de la zone euro laissant filer leurs déficits.

Il a dit avoir déclaré à la chancelière Angela Merkel, lors de leur entretien téléphonique, qu'"il ne (pouvait) pas y avoir de désaccords entre l'Allemagne et la France sur des sujets de cette importance".

LA FED S'INQUIÈTE

L'amendement constitutionnel voulu par le gouvernement français est certes nettement moins contraignant que la mesure incluse dans la loi fondamentale allemande qui comprend l'objectif chiffré de ramener le déficit fédéral à 0,35% du produit intérieur brut (PIB) d'ici à 2016.

Mais le fait que la France, dont les dépenses publiques sont élevées, envisage une telle mesure illustre combien la crise de la dette impose de nouvelles priorités aux 16 Etats de la zone euro.

La Maison blanche a réaffirmé jeudi que les gouvernements européens devaient prendre des mesures énergiques pour traiter la crise de la dette dans la zone euro.

Attention toutefois à ne pas trop se focaliser sur la réduction des déficits budgétaires au détriment de la croissance, a déclaré jeudi le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn.

"Il ne faut pas que les gros pays ralentissent trop vite, sinon on va casser la croissance", a-t-il déclaré en répétant un avis maintes fois exprimé par le FMI.

La France et l'Allemagne, cofondateurs de l'euro, sont en désaccord depuis des mois sur la façon de traiter la crise de la dette grecque et les déséquilibres des finances publiques au sein de la zone euro.

Ce désaccord a fait craindre des conséquences dommageables sur la reprise économique qui reste partout assez fragile.

A Washington, un haut dirigeant de la banque centrale américaine a estimé que la crise de la dette en Europe risquait d'avoir des conséquences dommageables sur la reprise économique aux Etats-Unis parce qu'elle constituait une menace pour les marchés du crédit et les banques américaines.

Pour Nicolas Eyzaguirre, un des directeurs du FMI, les problèmes de la dette européenne ne devraient pas déboucher sur une crise financière mondiale du genre de celle qui a fait suite à la chute de la banque Lehman Brothers en 2008.

"Il va y avoir une certaine instabilité parce que cela ne va pas être réglé rapidement, mais ce n'est pas comme l'après-Lehman parce que (...) la capacité de la communauté mondiale à se mettre d'accord sur des mesures de stabilisation (des marchés) est là", a dit Nicolas Eyzaguirre, directeur du département Hémisphère occidentale du FMI, qui se trouvait à New York.

Malgré la volonté de présenter un front uni, les dirigeants français ne s'interdisent pas de montrer certains désaccords. Ainsi, la ministre française de l'Economie Christine Lagarde a déclaré qu'elle regrettait la décision unilatérale de Berlin sur les ventes à découvert. Sur l'euro, elle a tenu des propos contraires à ceux exprimés la veille par Angela Merkel.

"Je ne crois absolument pas que l'euro soit en danger", a déclaré jeudi la ministre sur RTL. "L'euro est une devise solide et crédible", a-t-elle ajouté alors qu'Angela Merkel avait déclaré la veille que l'euro était "en danger".

Avec Yann Le Guernigou et Emmanuel Jarry, Danielle Rouquié pour le service français, édité par Philippe Bas-Rabérin