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Où en est-on du fameux plan de relance européen?

Ursula von der Leyen.

Ursula von der Leyen. - Kenzo Tribouillard / AFP

"Il n'y a pas de consensus" a déclaré Emmanuel Macron, jeudi après une nouvelle réunion infructueuse des dirigeants de l'Union européenne pour tenter de se mettre d'accord sur les mesures d'après-crise. Entre le montant et la nature des investissements, les dissensions perdurent.

On pourrait presque parler d'une méthode européenne… Une méthode de petits pas, de frustrations, d'oppositions et finalement de compromis. Jeudi soir, les dirigeants de l'Union européenne sont sortis d'une réunion (virtuelle) de quatre heures sans accord sur le plan de relance, qui doit être l'alpha et l'oméga du rebond européen. Ils ont donc été contraints de faire plancher la Commission européenne sur le plan pour un probable nouveau sommet européen courant mai.

Reste à savoir si le verre doit être vu à moitié plein ou à moitié vide dans une Europe qui accouche souvent de décisions dans la douleur. La résolution de la crise grecque en est d'ailleurs le parfait exemple et celle du coronavirus ne devrait pas faire exception. Très critique envers les "pays du nord" (l'Allemagne et les Pays-Bas en tête), le président du Conseil italien Giuseppe Conte a même salué les avancées de cette réunion. "Les 27 pays reconnaissent la nécessité d'introduire un instrument innovant, à lancer de manière urgente, pour protéger nos économies et assurer une reprise européenne, qui ne laisse personne derrière" souligne-t-il.

Prêts ou subventions ?

C'est effectivement la première étape franchie: les 27 ont acté qu'il y aurait bien un plan de relance… Combien? 1.000 milliards d'euros comme le propose la France? Le montant semble faire consensus même s'il n'est pas acté. "Cela doit être examiné avec soin (....) mais nous ne parlons pas de milliards, nous parlons de milliers de milliards", a promis la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Mais c'est surtout la nature de l'instrument de relance qui divise. La France, avec les pays du sud, refuse de simples prêts aux pays en difficulté qui ne feraient qu'additionner de la dette sur de la dette. Cela reviendrait à jeter du "carburant sur le feu" résume l'ancien patron des eurodéputés libéraux, Guy Verhofstadt au Financial Times.

Et la problématique reste la même: les pays les plus vertueux en matière budgétaire refusent de payer pour ceux en difficulté. "Des collègues plaidaient en faveur d'un instrument basé sur des prêts qui seraient ensuite transformés en quelque sorte en dons et il y en avait d'autres, comme moi, qui disaient que nous ne pouvons pas accepter le financement de dons par de la dette" a ainsi souligné le Premier ministre néerlandais, après la réunion de jeudi. Alors prêts ou subventions ? La question n'est pas tranchée.

Les spreads dans le viseur

Reste un troisième obstacle à franchir : quel argent pour alimenter le fonds de relance? Il sera emprunté sur les marchés financiers. Selon un document de la Commission européenne, obtenu par le Financial Times, des prêts (ou des subventions) pourraient être accordés aux pays en difficulté mais conditionnés "à la mise en œuvre de réformes et de mesures d'investissement pour soutenir la croissance". Des doutes subsistent aussi sur la réelle quantité d'argent frais mis sur la table par l'Europe ou sur simplement des garanties mises en place pour aider les Etats dans leur financement.

L'enjeu de ces discussions, c'est aussi les fameux spreads (écarts de taux d'emprunt pour les Etats par rapport à la référence, en l'occurrence en Europe le Bund allemand), à commencer par l'écart entre l'emprunt allemand et l'emprunt italien. Jeudi soir, l'écart se creusait et Rome pourrait avoir de plus en plus de difficultés à se financer sur les marchés. 

Un plan de soutien à 550 milliards d'euros

Les tergiversations européennes ont déjà eu un épilogue heureux, le 9 avril dernier lorsque les ministres des Finances de la zone euro se sont finalement mis d'accord sur un plan de soutien à l'économie confinée de 550 milliards d'euros. Il s'agissait alors d'assurer le financement des systèmes d'allocation chômage, d'apporter de nouvelles garanties de crédit pour les entreprises et de rendre plus souple le Mécanisme européen de stabilité.

Thomas Leroy