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Mutuelles: des complémentaires santé plus abordables pour les retraités? 

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, appelle à une "vraie généralisation de la couverture santé".

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, appelle à une "vraie généralisation de la couverture santé". - Kenzo Tribouillard - AFP

La ministre de la Santé Marisol Touraine appelle les mutuelles à proposer des contrats qui permettent aux retraités de bénéficier d'une couverture santé plus solidaire.

Marisol Touraine réclame des couvertures santé plus solidaires pour les retraités. En proposant aux mutuelles de travailler à cet objectif, la ministre de la Santé a tenté jeudi de rassurer la Mutualité française qui, réunie en congrès à Nantes, veut réaffirmer son rôle dans le système de soins. Accueillie par un mélange d'applaudissements et de huées, la ministre a inauguré le 41e congrès de la principale fédération de mutuelle, qui rassemble plus de 2.000 personnes sur trois jours.

A la veille de la visite attendue du président Hollande, Marisol Touraine a commencé à préciser les engagements du gouvernement en faveur d'une "vraie généralisation de la complémentaire santé" réclamée par la Mutualité et promise il y a trois ans par le chef de l'Etat.

Pour l'heure, cette "généralisation" s'est cantonnée au monde de l'entreprise, l'accord national interprofessionnel (ANI) négocié par les partenaires sociaux rendant obligatoire les couvertures collectives pour tous les salariés au 1er janvier 2016.

"Il est inenvisageable" que cette réforme "se fasse au détriment des populations qui resteront couvertes par des contrats individuels, c'est-à-dire les jeunes, les retraités, les chômeurs", a assuré la ministre, alors que la Mutualité craint un renchérissement de ce type de contrats, moins aidés fiscalement que les contrats collectifs. C'est pour les retraités, "surtout", que les "risques sont plus lourds", a reconnu la ministre.

Une baisse de la fiscalité sur les contrats individuels?

Le président de la Mutualité, Étienne Caniard, a d'ailleurs interpellé le gouvernement sur leur situation: victimes d'une "quadruple peine" (baisse de revenus, problèmes de santé plus fréquents, perte du cofinancement de leurs cotisations par leur employeur et des aides fiscales), ils voient le prix de leur complémentaire multiplié par 3,5, (de 300 à 1.000 euros environ), a-t-il assuré.

Étienne Caniard a plaidé pour une réforme de la fiscalité au profit des contrats individuels, qui constituent l'essentiel de l'activité des mutuelles. Sans répondre à ce point précis, Marisol Touraine a souhaité une plus grande "solidarité entre les types de couverture", appelant à "travailler ensemble pour définir les voies et moyens d'organiser cette transition entre la vie active et la retraite".

La ministre a avancé une "piste": "donner plus d'effectivité au droit au maintien du contrat prévu par la loi Évin de 1989", qui permet à toute personne sortant d'un contrat collectif de garder un certain niveau de garanties à titre individuel et à un prix plafonné.

En pleine mutation de son secteur, Étienne Caniard a tenu à rappeler, chiffres à l'appui, "le rôle désormais indispensable des mutuelles", alors que l'assurance maladie ne prend plus en charge que 51% des soins courants.

30% des Français renoncent aux soins

Selon un sondage Cecop-CSA réalisé en mai auprès de 1.006 personnes et dévoilé jeudi, 29% des Français déclarent avoir renoncé à des soins au cours des 12 derniers mois, dont 81% pour des raisons financières, et 89% des Français considèrent qu'une complémentaire est une nécessité. Aujourd'hui, 3,3 millions de personnes sont dépourvues de complémentaire santé.

Pour faciliter l'accès aux soins et diminuer le reste à charge pour les patients, les mutuelles souhaitent participer davantage au système de santé, notamment en contractualisant avec les médecins libéraux. Mais ceux-ci voient ces ambitions d'un mauvais oeil.

Eric Henry, président du SML, l'un de leurs principaux syndicats, a d'ailleurs distribué des tracts à l'entrée du parc des expositions de Nantes pour contester la loi Touraine sur la santé et la généralisation du tiers-payant d'ici à 2017, que défend vigoureusement la Mutualité.

De son côté, la ministre a "salué les travaux engagés" par les mutuelles avec les autres complémentaires (institut de prévoyance, assurances) et l'assurance maladie pour développer un dispositif de mise en oeuvre du tiers-payant. "Je ne l'oublie pas et je ne l'oublierai pas", a-t-elle indiqué. Elle a également annoncé qu'un texte "interviendrait en 2016 pour refondre le Code de la mutualité", comme le réclame la fédération.

N.G. avec AFP