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Montebourg, le nouvel homme fort de Bercy

Le chantre de la démondialisation est devenu pro-business.

Le chantre de la démondialisation est devenu pro-business. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Malgré un bilan contrasté sous Ayrault, Arnaud Montebourg voit ses attributions élargies dans le gouvernement de Valls. En plus du Redressement productif, il est désormais en charge de l'Economie et du Numérique.

Arnaud Montebourg monte en grade dans le nouveau gouvernement dévoilé ce 2 avril parle Premier ministre Manuel Valls. Il devient ministre de l'Economie, du Numérique et conserve aussi la charge du Redressement productif.

Echecs et désaveux

Pourtant le bilan d'Arnaud Montebourg, chargé de l'industrie depuis près de deux ans, est plus que mitigé. Hélas, le ministre du Redressement productif n'a pas redressé grand chose. Il n'aura sauvé ni le site d'Aulnay de PSA Aulnay, ni le site de Florange d'Arcelor Mittal, ni le site d'Amiens de Goodyear, ni Petroplus, ni Fralib, ni Doux...

Au total, selon l'Insee, 4.372 emplois industriels ont été détruits chaque mois en moyenne depuis mi-2012, soit sept fois plus que sous son prédécesseur à l'industrie, Eric Besson (novembre 2010-mai 2012).

Pire: son magistère a accumulé échecs et désaveux.

Il veut développer les gaz de schiste ou nationaliser Florange? Il perd les arbitrages inter-gouvernementaux.

Il souhaite le départ du PDG d'Orange Stéphane Richard, ou vitupère contre le président de l'Autorité de la concurrence Bruno Lasserre? Le gouvernement les reconduit tous deux à leurs postes.

Il demande à ce que SFR soit vendu à Bouygues? Le propriétaire Vivendi choisit l'offre rivale de Numericable. Il demande alors à Patrick Drahi de redevenir résident fiscal français? Le principal actionnaire de Numericable refuse...

"Que de la gueule"

Et même quand les choses ne dépendent que de lui, rien ne se passe non plus. Ainsi, il parle depuis un an de réduire les pouvoirs du gendarme des télécoms, l'Arcep, mais ceux-ci restent toujours intacts.

Résultat: le verbe a perdu sa magie. La parole du ministre s'est auto-démonétisée. Ses rodomontades tonitruantes, qui impressionnaient au début, ne suscitent plus qu'une indifférence polie. "Avec Montebourg, c'est toujours que de la gueule", résume un attaché parlementaire.

Le ministre lui-même semble s'être calmé. Ainsi, il n'a pas moufté lors du virage "libéral" du pacte de compétitivité, ou de la nomination de Manuel Valls à Matignon. "Je soutiens Manuel Valls", a-t-il même assuré mardi matin sur France Inter.

Retournements de veste spectaculaires

Mais ce silence reflète aussi un recentrage important du ministre. Lors de sa nomination, il représentait l'aile gauche du gouvernement. Il vitupérait alors contre les patrons: il traitait Lakshmi Mittal de menteur, Charles Taylor (PDG de Titan) d'extrémiste, et critiquait la famille Peugeot...

Plus rien de tel aujourd'hui. Il s'est même mis à critiquer les syndicats, notamment la CGT de Goodyear ou la CFDT de Mory Ducros.

Plusieurs de ses retournements de veste sont même spectaculaires. Hier, il s'opposait à la vente de DailyMotion à Yahoo? Aujourd'hui, il espère qu'un Américain voudra bien investir dans le site de vidéos pour corriger l'effet désastreux de son veto.

Dans l'opposition, il affirmait qu'un quatrième opérateur mobile était bénéfique pour le pouvoir d'achat? Devenu ministre, il plaide pour un retour à trois opérateurs, et "l'arrêt de la guerre des prix", jettant aux oubliettes le pouvoir d'achat des Français...

Dans l'opposition, il tirait à boulets rouges sur TF1? Aujourd'hui, il est devenu le grand ami de son propriétaire Martin Bouygues. Il soutient son offre de rachat de SFR, alors que c'est celle qui crée le plus de doublons, et donc de casse sociale, selon une note des propres services d'Arnaud Montebourg... "J'ai sauvé Bouygues de la faillite. Martin Bouygues ne peut plus rien me refuser!", fanfaronne le ministre en privé.

Conversion pro-business

En retour, Martin Bouygues ne tarit plus d'éloges sur lui. Mais aussi Vincent Bolloré, ou même Pierre Gattaz. Le Monde rapporte que l'intervention du ministre lors d'un séminaire du Medef sur la compétitivité a été chaleureusement applaudie...

Bref, celui qui était le chantre de la démondialisation est devenu pro-business. Mais une certaine forme de business, pas du tout libérale: il défend les rentiers, les oligopoles, ceux qui ont peur de la concurrence et de l'Europe, en leur assurant qu'ils seront soutenus par un Etat interventionniste.

Mais cette conversion pro-business est-elle sincère ou intéressée? "Montebourg a compris qu'il aura besoin du soutien des patrons s'il veut être candidat à la présidentielle, ou à défaut besoin de clients s'il redevient avocat", analyse un lobbyiste.

Reste qu'en se normalisant, Montebourg a aussi perdu de son poids politique. Initialement, son intérêt était d'être la caution de gauche du gouvernement, celui qui parlait aux couches populaires. A regarder le résultats des municipales, les couches populaires ne l'écoutent visiblement plus...

Le titre de l'encadré ici

|||L'emploi industriel en France (variation, en milliers)

1er trimestre 2011: +3,7 2e trimestre 2011: +1 3e trimestre 2011: -2,7 4e trimestre 2011: -3,4 1er trimestre 2012: -4,2 2e trimestre 2012: -6,3

3e trimestre 2012: -7,2 4e trimestre 2012: -11,5 1er trimestre 2013: -11,7 2e trimestre 2013: -18,8 3e trimestre 2013: -14,6 4e trimestre 2013: -14,8

Source: Insee

Jamal Henni