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L’économie américaine va-t-elle mieux grâce à Donald Trump ?

En campagne pour les élections de mi-mandat, le président américain mise en grande partie sur l’excellente santé économique du pays, et n’hésite pas à s’en attribuer le mérite. La réalité, elle, est un peu plus complexe.

Alors que beaucoup d’observateurs avaient prédit un véritable chaos économique en cas d’élection de Donald Trump, c’est fort d’un solide bilan que le président américain aborde les élections de mi-mandat. Cela tombe plutôt bien pour le président américain : ce premier rendez-vous électoral national depuis 2016 devra déterminer qui des Républicains ou des Démocrates contrôlera chacune des deux chambres du Congrès.

Traditionnellement, ce scrutin tourne à l’avantage du parti d’opposition. Mais même si le locataire de la Maison Blanche défraye régulièrement la chronique, instaurant un malaise jusqu’au sein de son propre camp, ces "Midterms" apparaissent indécis.

Taux de chômage au plus bas

Pour motiver son électorat à se déplacer jusqu’aux bureaux de vote, Donald Trump tire en effet l’habituelle ficelle de l’immigration. "Votez républicain ou les États-Unis seront envahis", martèlent ainsi en substance ses soutiens. Le président américain a en effet "besoin de maintenir chez ses électeurs un sentiment de colère, de fureur", pour éviter une abstention qui lui serait préjudiciable, confirme Nicole Bacharan, politologue spécialiste des États-Unis.

Mais l’aspect sécuritaire ne constitue pas le seul angle d’attaque pour le président américain, qui met régulièrement en avant son bilan économique. A première vue, difficile de lui donner tort: depuis sa prise de fonction, le taux de chômage n’a cessé de décroître, passant même en-dessous des 4%. Une première depuis près de 50 ans, couplée à une croissance qui ferait pâlir d’envie n’importe quel dirigeant européen (3,1% cette année selon la banque centrale américaine, après 2,3% en 2017) et à une inflation maîtrisée (aux alentours de 2%).

"Au jour des élections, c’est un très bon bilan"

Comme l’on pouvait s’y attendre, la campagne a donc donné lieu à un exercice d’autosatisfaction de la part de Donald Trump, ce dernier n’hésitant pas à s’attribuer la paternité de cette insolente santé.

Mais si l’actuel président a indéniablement sa part de responsabilité dans ce succès, la tendance avait été initiée par son prédécesseur Barack Obama. "Le chômage a augmenté jusqu’en 2010, puis a diminué, et cette baisse ne s’est jamais interrompue. Donald Trump n’est donc pas à l’origine de l’inversion de la courbe, il a simplement accompagné cette baisse", rappelle Nicole Bacharan. "De nombreuses réformes ont été menées par Obama, et l’on ne peut pas dire que Trump ait effectué un gros travail législatif. Comme souvent, les premières années récoltent les fruits du précédent mandat", abonde Olivier Richomme, maître de conférence à l’université de Lyon 2.

Les baisses massives d’impôts pour les entreprises, et une dérégulation orchestrée par l’administration Trump, ont toutefois eu des effets quasi certains sur la croissance. "Au jour des élections, c’est un très bon bilan", reconnaît Nicole Bacharan. "Mais une partie des risques qui pèsent sur l’économie sont également le fait de Donald Trump", prévient la chercheuse. Car les baisses d’impôts ont inévitablement creusé le déficit du pays, et les effets de la guerre commerciale en cours ne se font pas encore sentir. "Trump fait le pari du court terme", résume Olivier Richomme. Reste à savoir si celui-ci sera gagnant dans les urnes.

Yann Duvert