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Me Hollande, avocat très médiatique spécialiste des conflits sociaux

Thomas Hollande a pris la défense des 284 visiteurs médicaux licenciés en France par le laboratoire japonais Daiichi-Sankyo.

Thomas Hollande a pris la défense des 284 visiteurs médicaux licenciés en France par le laboratoire japonais Daiichi-Sankyo. - Jacques Demarthon-AFP

Avocat spécialisé en droit du travail, Thomas Hollande s'est impliqué dans la défense de salariés menacés par des plans sociaux. Quitte à subir les critiques, il assume le recours à "tous les moyens" pour interpeller l'opinion sur des dossiers conflictuels comme il l'a fait pour Tati.

Thomas Hollande accentue-t-il son engagement politique alors que son père vient de quitter le pouvoir ? Seul des quatre enfants du couple Royal-Hollande à s'être engagé publiquement aux côtés de ses parents lorsqu'ils furent candidats, en 2007 et en 2012, Thomas Hollande a trouvé sur le terrain social qu'il occupe comme avocat, un angle d'attaque très marqué à gauche.

Comment ? Il conteste un aspect de la loi Macron qu'il juge défavorable aux salariés de Tati menacés d'un plan social et dont il défend les intérêts. En agissant de la sorte, le fils de François Hollande affiche une posture contestataire, que Jean-Luc Mélenchon ne renierait pas.

En redressement judiciaire, l'enseigne de textile bon marché, a fait l'objet de trois offres de reprise partielle qui seront examinées le 19 juin prochain par le tribunal de commerce de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Mais nombre des 1700 salariés concernés risquent de rester sur le carreau.

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- © Thomas Hollande s'implique régulièrement en politique. Il a participé au lancement du club de réflexion "Le Laboratoire Politique" le 18 février 2012 à Marseille. Anne-Christine Poujoulat-AFP

Dans ce dossier social délicat, le jeune avocat (32 ans) n'a pas de mots assez durs pour la direction de la maison-mère de Tati, le groupe Eram et... pour la loi Macron. "Eram exploite une exception permise par la loi Macron. Elle se retranche derrière le fait que l'administration, pour homologuer le plan social d'une filiale en redressement judiciaire, n'est plus obligée de tenir compte des moyens de sa maison-mère. Or, c'était le cas avant, ce qui obligeait cette dernière à prévoir le financement d'un PSE" explique à BFMBusiness, Thomas Hollande.

Cette prise de position met en cause indirectement le nouveau Président de la république, ce qui a eu le don d'énerver le porte-parole du gouvernement. À la sortie du Conseil des ministres du 31 mai 2017, Christophe Castaner a mené la charge contre le fils de François Hollande: "Aujourd'hui, il n'est pas nécessaire de politiser ce contentieux. Il y a derrière des femmes et des hommes. Je pense qu'il faut plutôt, pour l'avocat qui les défend, s'intéresser à la défense des salariés" a-t-il ajouté perfidement.

Le fils de l'ancien président de la République est en fait l'avocat du seul comité d'entreprise de Tati Vetura, une des trois filiales d'Agora Distribution (détenu par Eram) concerné par le redressement judiciaire et les offres de reprise. Elle n'emploie que 460 salariés des enseignes Tati, Fabio Lucci, Gigastore et Degrifmania sur les 1700 employés concernés par la restructuration.

Les deux comités d'entreprise des deux autres entités concernées ont choisi des avocats distincts, dont le CE de Tati Lilnat, société qui réunit le plus grand nombre de magasins dont celui du quartier Barbès à Paris.

"Vetura est l'entité la plus menacée en proportion par le nombre de salariés. Ils seraient 160, soit plus d'un tiers, à n'être pas repris" rétorque Thomas Hollande. "Tous les moyens sont bons pour interpeller l'opinion publique" explique-t-il pour justifier la médiatisation du dossier à laquelle il a participé activement.

Thomas Hollande a grimpé les marches du palais des festivals à Cannes, le samedi 27 mai, aux bras de sa compagne, la journaliste Emilie Broussouloux et de sa mère Ségolène Royal.
Thomas Hollande a grimpé les marches du palais des festivals à Cannes, le samedi 27 mai, aux bras de sa compagne, la journaliste Emilie Broussouloux et de sa mère Ségolène Royal. © Alberto Pizzoli-AFP

Thomas Hollande n'est en pas à sa première joute sur le front social. Ayant prêté serment en 2010, devenu avocat associé en 2016 au sein du cabinet LBBa, spécialisé en droit du travail, qu'il avait rejoint en 2013, il s'est fait une spécialité de la défense des salariés de sociétés en difficultés.

Thomas Hollande a déjà pris la défense des visiteurs médicaux licenciés par Servier (600 salariés concernés) en 2015 puis ceux licenciés par le laboratoire japonais Daiichi-Sankyo (285 employés) en 2016, ou des sala­riés de la Sotra­poise, société de messagerie en liquidation judiciaire en 2015.

Une présence contestée à Cannes en pleine négociation sociale

Ce n'est pas sur Internet que le fils du Président Hollande est le plus actif pour médiatiser ses dossiers: son compte twitter est muet depuis 2012, malgré 4142 abonnés inscrits. Il préfère la rue ou les prises de position publiques. Mais, dans le cas du dossier Tati, outre son attaque de la loi Macron qui a irrité le pouvoir en place, sa présence à Cannes le 27 mai durant les négociations, a suscité des remarques acerbes de salariés.

"Le dernier CE de vendredi (le 26 mai, ndlr), on a appris qu'il n'était pas là et qu'il était à Cannes" s'est exprimée, visiblement irritée, une représentante syndicale de Tati sur une vidéo du site de Huffington Post, lors du report le 29 mai 2017 de l'examen des dossiers de reprise au tribunal de Bobigny.

Contacté par le site web, Thomas Hollande a dû répliquer qu’un colla­bo­ra­teur l'avait remplacé ce jour. "On me reproche ma vie privée" a-t-il contre-attaqué sur l'antenne de France Info. Déjà un réflexe de politique aguerri...

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco