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Match serré entre Pierre Moscovici et Éric Woerth pour prendre la tête de la Cour des comptes

Les deux anciens ministres tiennent la corde pour le poste de Premier président de la Cour des comptes. C'est l'Elysée qui doit annoncer le choix d'Emmanuel Macron, forcément politique, probablement la semaine prochaine.

Qui pour remplacer Didier Migaud? L'actuel Premier président de la Cour des comptes en a terminé avec la vénérable institution et part prendre la tête de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Il laisse donc une place libre, très convoitée pour le prestige mais aussi pour le poids politique de cette juridiction financière qui puise son origine au 14ème siècle.

Occupé entre autres par Pierre Joxe ou Philippe Séguin, le poste de Premier président de la Cour des comptes est dans le viseur de deux personnalités de la vie publique : Pierre Moscovici et Eric Woerth. Après le départ de Didier Migaud, l'Elysée rendra prochainement public le choix du président de la République Emmanuel Macron. Un choix forcément politique. Etat des forces en présence.

Pierre Moscovici

Pierre Moscovici, commissaire européen et ancien ministre socialiste
Pierre Moscovici, commissaire européen et ancien ministre socialiste © Emmanuel Dunand-AFP

Pourquoi ce sera lui

Député européen dès 1997, Pierre Moscovici a été deux fois ministres. D'abord ministre chargé des Affaires européennes du gouvernement Jospin (1997-2002), il a surtout été ministre de l'Economie pendant le quinquennat de François Hollande, de 2012 à 2014 avant de finalement quitter le gouvernement pour prendre la place de Commissaire européen aux affaires économiques. Le socialiste est désormais libre de tout mandat et se verrait bien prendre la robe en hermine. Atout supplémentaire, il appartient justement au corps de la Cour des comptes, depuis sa sortie de l'ENA.

Surtout, il entretient de bonnes relations avec Emmanuel Macron, "un homme qui est, aussi, un immense talent politique" jurait-il encore, en septembre dernier, sur LCI. Enfin, son profil socialiste pourrait être un signe de l'Elysée envoyé à la gauche qui reproche à Macron de pencher à droite.

Pourquoi ce ne sera pas lui

L'homme n'a clairement pas convaincu lors de son passage à Bercy, notamment sur la gestion des déficits qui ont davantage stagné que baissé. Il s'était néanmoins montré plus intransigeant comme commissaire européen.

Eric Woerth

Eric Woerth, président LR de la commission des finances à l'Assemblée nationale
Eric Woerth, président LR de la commission des finances à l'Assemblée nationale © Capture d'écran BFMTV

Pourquoi ce sera lui

A 63 ans, Éric Woerth fait partie des derniers barons de la droite. Il dispose aussi d'un CV impeccable pour le poste : ministre du Budget (2007-2010) puis ministre du Travail (2010) sous Nicolas Sarkozy, il est président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale depuis 2017. Il connait parfaitement le domaine et est en phase avec la rigueur financière affichée traditionnellement par la Cour des comptes. S'il se montre parfois féroce envers Emmanuel Macron, il fait partie des personnalités de droite qui auraient eu leur place au gouvernement. Le président de la République lui aurait même proposé un poste en 2017.

Sur le plan politique, Emmanuel Macron pourrait aussi être tenté de placer un Républicain, comme Nicolas Sarkozy avait habilement choisi un socialiste en 2010. Lui offrir ce poste, c'est aussi une manière d'imposer un droit de réserve à un de ses principaux opposants de droite.

Pourquoi ce ne sera pas lui

L'ancien ministre traîne encore une casserole judiciaire, celle de l'affaire Tapie. Cinq ans après l’affaire de l’hippodrome de Compiègne, classée depuis, une enquête a été ouverte en juin dernier par la Cour de justice de la République sur son rôle dans l'arbitrage controversé concernant Bernard Tapie et l'Etat français à propos de la vente d'Adidas. La question sera de savoir si Eric Woerth a accordé un avantage fiscal à Bernard Tapie. Sa nomination à la Cour des comptes est-elle envisageable? Emmanuel Macron devra assumer. Comme il l'a fait pour Christine Lagarde…

Thomas Leroy