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Macron se convertit à l’écologie

Le président de la République livre ce vendredi et ce samedi, au conseil européen, les grandes lignes de sa politique en matière de climat et d’environnement. Un premier pas avant le plan de Nicolas Hulot présenté début juillet.

"Les convertis de la dernière heure sont ceux qui militent le plus". Cette petite phrase rapportée de l’Elysée par un haut fonctionnaire en dit long sur Emmanuel Macron. L’ancien ministre de l’Économie, peu porté à l'origine sur la question environnementale, est devenu un président de la République convaincu par la cause écologique. Les récents visiteurs du soir n’en sont pas revenus.

"Il a vraiment envie de faire bouger les choses, explique le membre d’une ONG, surtout au niveau européen avec l’Allemagne". Ça tombe bien, Emmanuel Macron entame ce vendredi "une grande séquence verte". D’abord lors du conseil européen, où il aura l’occasion de réaffirmer sa volonté d’appliquer l’accord de Paris de fin 2015 sur le climat et de le porter au niveau international. Une manière, une nouvelle fois, de prendre ce "leadership écologique" après la décision de Donald Trump de sortir de l'accord de Paris.

L’objectif est aussi de marquer sa volonté d’accélérer les mesures pour sa mise en œuvre. Et de montrer qu’elles peuvent être bénéfiques pour l’économie et l’emploi. Il sera notamment question pour lui de trouver des alliances avec d’autres pays européens sur des sujets clés comme la réforme des quotas carbone. Emmanuel Macron souhaite lancer une réflexion sur le prix des émissions de gaz à effet de serre, ouvrant la porte à une augmentation de la taxe carbone.

Des mesures concrètes dans le plan Hulot

Samedi, il élargira sa feuille de route à l’environnement lors de la conférence du "pacte mondial pour l’environnement" à laquelle il participera avec le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot. Emmanuel Macron espère mettre en place au niveau international des textes juridiquement contraignants comme c’est le cas pour les accords de Paris. Leur portée sera beaucoup plus large et concernera par exemple la pollution ou la biodiversité. Le président français souhaite notamment appliquer le concept de "pollueur payeur" tout en impliquant la société civile et les entreprises.

Des mesures plus concrètes seront approfondies lors du conseil des ministres franco-allemand du 13 juillet à Paris. Le stockage ou les alliances industrielles franco-allemandes dans l’énergie pourraient également être des axes de réflexion. D’ici là, on devrait y voir plus clair sur les mesures concrètes. En effet, Nicolas Hulot présentera son "plan action-climat" le 5 juillet prochain. Soit le lendemain du discours de politique générale du Premier ministre qui ne manquera pas d'aborder ces questions.

Des mesures pas encore financées

Nicolas Hulot devrait acter une décision symbolique: la fin des autorisations de permis de recherche pour tous les hydrocarbures en France. Le ministre l'a d'ailleurs confirmé, ce vendredi sur BFMTV et RMC: "Pour qu'il n'y ait pas de nouveaux permis, on doit changer par la loi le code minier, et on va le faire dans un délai très court", a-t-il dit.

Des mesures sur la rénovation des logements, l’efficacité énergétique ou la précarité sont attendues. Tout comme un fond destiné à avancer aux entreprises le montant d’un audit énergétique qui leur permettra d’économiser sur leur consommation et leur facture énergétique. Des annonces sont prévues à la rentrée de septembre par le Premier ministre.

Ces mesures ne seront toutefois pas détaillées puisque pas encore financées… Elles seront renvoyées à la loi de finances de l’automne qui permettra de fixer leur enveloppe budgétaire. Une crainte pour le ministère qui s’attend à un budget 2018 serré, d’autant que Ségolène Royal avait réussi à le stabiliser depuis deux ans. Autre sujet en attente: le nucléaire. Emmanuel Macron ne prévoit pas de l’aborder dans sa "séquence climat". Une déception annoncée pour les ONG.

Matthieu Pechberty