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Macron lève le voile sur son programme économique

Le candidat d'En Marche! prévoit notamment une baisse des prélèvements de 20 milliards d'euros, et un plan d'investissements publics d'ampleur.

Régulièrement accusé de maintenir le flou autour de son programme, Emmanuel Macron en dit plus. Dans un entretien aux Echos à paraître ce vendredi, le candidat d’En Marche! chiffre en effet de manière plus précise les mesures qu’il compte mettre en œuvre en cas d’élection.

L'ancien ministre de l'Économie s’engage ainsi à réduire la dépense publique de 60 milliards d’euros, lancer un plan d’investissements publics de 50 milliards, et baisser les prélèvements obligatoires de 20 milliards.

> 60 milliards d’économies

Le candidat souhaite réduire la dépense publique de 3 points de PIB en cinq ans, soit 60 milliards d’euros environ. Pour ce faire, il compte économiser 15 milliards d’euros sur l’assurance-maladie, sans supprimer de poste dans la fonction publique hospitalière. "La réorganisation du système de soins est de nature à faire ces économies et à conduire un vrai plan de modernisation de l'hôpital", indique-t-il.

En revanche, 120.000 postes de fonctionnaires – 70.000 dans la fonction publique territoriale et 50.000 dans la fonction publique d’État – pourraient être supprimés.

Pour réduire les dépenses des collectivités, Emmanuel Macron souhaite leur "donner des marges de manœuvre", afin qu’elles puissent elles-mêmes contribuer à un effort d’économie de 10 milliards d’euros. Notamment en ce qui concerne la rémunération - et donc l’augmentation- des fonctionnaires, qui se décidera au niveau des collectivités.

Le jour de carence sera en outre rétabli pour tous les fonctionnaires, dont le statut sera "modernisé", sans qu’aucune autre précision ne soit apportée. Au total, "l’effort atteindra 25 milliards" sur l’ensemble de la fonction publique.

> 20 milliards de prélèvements obligatoires en moins

L’ancien ministre envisage une baisse globale de 20 milliards d’euros sur les prélèvements obligatoires. Il annoncera ultérieurement une mesure réduisant les impôts des classes moyennes et populaires, de 10 milliards d’euros.

Il prévoit également la suppression de l’ensemble des charges patronales pour les salaires au niveau du Smic, dont une partie sera financée par la transformation du Crédit d'impôt compétitivité (CICE) en baisses de charges pérennes (-6 points).

Le taux de l’impôt sur les sociétés sera en outre réduit de 33% à 25%.

Pour réduire la pression fiscale, il compte s’appuyer sur plusieurs réformes, dont la création d’un prélèvement forfaitaire unique de 30% sur le capital, y compris l’assurance-vie. Les contrats existants ne seront pas concernés.

Seule hausse d’impôt prévue: la "fiscalité écologique", "avec l'alignement progressif de la fiscalité du diesel sur l'essence et la montée en charge de la taxe carbone". Aucune hausse de la TVA n’est par ailleurs prévue.

> Un plan d’investissements de 50 milliards

Emmanuel Macron souhaite parallèlement mettre en place un plan d'investissement public de 50 milliards d'euros pendant le quinquennat pour mettre en place un "nouveau modèle de croissance", dont 15 milliards pour la formation des jeunes et des demandeurs d'emploi.

15 autres milliards seront consacrés à la transition écologique. "La modernisation des administrations publiques (numérisation), l'agriculture, les transports locaux, et la santé", feront également, selon lui, l’objet d’investissements.

> Réforme du marché du travail

Dans la droite lignée de la loi El Khomri, Emmanuel Macron veut donner plus de flexibilité au droit du travail, notamment en favorisant les accords d’entreprises ou de branches par rapport à la loi. Mais aussi en réformant l’assurance-chômage afin qu’elle devienne "universelle, comme l’assurance-maladie", en permettant aux indépendants d’en bénéficier.

L’ancien locataire de Bercy s’engage par ailleurs à ne pas toucher aux montants d’indemnisation en cas de chômage, ni à la durée de cette indemnisation. En revanche, "les prestations seront strictement conditionnées à vos efforts de recherche, avec un contrôle drastique. Nous sortons réellement d'un système assurantiel où chacun se dit : "J'ai cotisé, j'ai droit à être indemnisé".

Grâce à son programme, Emmanuel Macron estime que le taux de chômage "peut raisonnablement atteindre 7% en 2022" - contre 10% en France en 2016.

Prévisions de croissance prudentes

L'ancien ministre de l'Economie table sur des prévisions de croissance prudentes, de 1,4% en 2017 à 1,8% en 2022.

En ce qui concerne le déficit, Emmanuel Macron prévoit 2,9% en 2017, et s'engage à rester en-dessous de la barre des 3% du PIB, imposée par Bruxelles.

Yann Duvert