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Luxleaks: le lanceur d’alerte français s’exprime

Le Luxembourg est pointé du doigt pour avoir passé des accords fiscaux avec des multinationales.

Le Luxembourg est pointé du doigt pour avoir passé des accords fiscaux avec des multinationales. - Emmanuel Dunand - AFP

Antoine Deltour, à l’origine de fuites de documents sur les accords fiscaux passés entre le Luxembourg et des multinationales, a estimé être "l’élément d’un mouvement plus général", dans un entretien à "Libération" lundi 15 décembre.

Il est l’un des artificiers de la "bombe" Luxleaks. Antoine Deltour, un Français de 28 ans, inculpé de vol et blanchiment par la justice luxembourgeoise, s'exprime pour la première fois publiquement dans le journal Libération du lundi 15 décembre. L'auteur présumé de la fuite de documents d'accords fiscaux entre le Luxembourg et des multinationales y dévoile sa version des faits, estimant être "juste l'élément d'un mouvement plus général".

Le scandale LuxLeaks, qui a éclaté début novembre, a mis en lumière les rescrits fiscaux avantageux (une pratique par laquelle une administration garantit à un contribuable, en l'espèce une multinationale, son taux d'imposition) du Luxembourg, fragilisant le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre du Grand-duché.

Ces premières révélations s'appuyaient sur 28.000 pages de documents obtenus par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), et mettait en lumière le rôle de l'ex-employeur d’Antoine Deltour, le cabinet PWC, qui négociait les accords.

"J'étais consterné par le contenu" des documents

PWC a alors accusé le jeune Français d'avoir acquis frauduleusement ces documents lors de son départ de l'entreprise en 2010, ce que le Français dément. "La veille d'un départ, on cherche forcément à capitaliser son expérience professionnelle. J'ai copié des documents de formation, mais en explorant la base informatique de PWC, je suis aussi tombé sur les fameux tax rulings (rescrits fiscaux, ndlr). Sans intention particulière ni projet précis, je les ai aussi copiés car j'étais consterné par leur contenu", a-t-il expliqué, précisant n'avoir "contourné aucune protection informatique".

Antoine Deltour affirme aussi qu'il n'est pas le seul pourvoyeur de documents pour l'ICIJ. "Dans LuxLeaks 1 (les pratiques dévoilées début novembre, ndlr), sont mentionnés plusieurs documents internes postérieurs à mon départ de PWC. Je ne suis donc pas seul", explique-t-il. "Dans LuxLeaks 2 (deuxième série de révélations début décembre, ndlr), il est question de dossiers pilotés par les autres membres du big four [de l'audit financier] : Deloitte, KPMG, Ernst&Young", ajoute-t-il, regrettant également que toute l'attention se porte sur son cas.

"Il est injuste que le Luxembourg soit le seul pays cloué au pilori, qu'un seul cabinet d'audit soit pointé du doigt, car ces pratiques sont systémiques. (...) Il s'agit de planification fiscale agressive mise en place par certains Etats, de stratégies complexes pratiquées à échelle industrielle par certains cabinets. La régulation sera toujours en retard sur l'ingénierie financière", a-t-il commenté.

Y.D. avec AFP