BFM Business

Loi Evin: les marques d'alcool avaient appris à la contourner

La loi Evin sur la publicité pour l'alcool a été largement contourné avant d'être détricoté, estiment certains.

La loi Evin sur la publicité pour l'alcool a été largement contourné avant d'être détricoté, estiment certains. - MARIJAN MURAMARIJAN MURAT - AFPT - AFP

L'indignation culmine ce vendredi, au lendemain du vote par les députés d'un amendement qui détricote la réglementation de la publicité sur l'alcool. Mais cette loi, en vigueur depuis 30 ans, protégeait-elle réellement la santé publique?

Professionnels de la santé, éditorialistes, politiciens. Ils sont nombreux ce vendredi à déplorer la dérèglementation de la publicité sur l'alcool. Jeudi en effet, les députés à l'Assemblée ont adopté un amendement à la loi Macron qui détricote la loi Evin. Un des volets de cette loi limitait très fortement la promotion des vins et spiritueux, notamment pour protéger les plus jeunes.

Claude Evin, l'ex-ministre de la Santé, rédacteur de cette loi adoptée en 1991, était lui-même monté au créneau à la veille de l'examen de l'amendement, pour dénoncer la "banalisation de l'alcool dans notre société". La ministre de la Santé, après le vote des députés s'est indignée de son côté de ce "coup dur porté à la Santé publique". 

Le sport dans la pub non, le babyfoot oui

Pour Marisol Touraine, l'encadrement de la publicité sur l'alcool, qui n'était "pas une interdiction", maintenait un "équilibre entre les intérêts de santé publique et les intérêts économiques (qui) fonctionnait bien". Elle y voyait "la victoire d'un lobby économique sur l'intérêt général".

Clairement visé, le lobby vinicole se défend ce vendredi, parle de "clarification" et réfute l'idée d'une "remise en cause de l'esprit de la loi". D'autres voix relativisent la portée de ce vote, dénonçant l'hypocrisie de cette loi, et ses effets pervers.

Par exemple, le texte interdisait d'associer dans une campagne de communication les spiritueux et le sport. La marque de champagne Taittinger, "qui était partenaire de la dernière coupe du monde au Brésil avait voulu publier une pleine page en faisant figurer le logo de la compétition de foot", raconte Rodolphe Bonnasse, directeur général de CA Com. Une pub "retoqué" à cause de la loi Evin. Le groupe avait alors mis au point une nouvelle campagne, avec cette fois "un babyfoot, ce qui était autorisé", s'amuse le publicitaire.

En bref, les professionnels de la réclame ont trouvé "toute une série de tactiques de contournement", avec "peut-être un peu d'hypocrisie", admet Rodolphe Bonnasse sur BFM Business, mais surtout "beaucoup de créativité".

En outre, la loi ne s'appliquait qu'aux boissons alcoolisées. Pas à des produits type Redbull, qui ne contiennent pas d'alcool mais qui servent souvent à délayer vodka et autre gin. Or la marque peut afficher son nom et son taureau géant lors de tous les évènements sportifs dont elle est partenaire, souligne le publicitaire.

Des effets pervers 

En outre, même du strict point de vue de la santé publique, la loi Evin a induit des conséquences fâcheuses, estime Claude le Pen, économiste de la santé. Elle a effectivement fait baisser la consommation de vin et elle a "amélioré la qualité des produits". Mais dans le même temps, cette loi "a ouvert sur les jeunes un nouveau champ, un nouveau territoire", raconte-t-il.

Les industriels avaient trouvé la parade pour séduire les jeunes, en inventant tous ces cocktails en canettes qui mélangent alcools et jus de fruits. Des produits au succès fulgurant auprès des ados. Des boissons "améliorées" qui, rappelle l'économiste, n'étaient pas couvertes par la loi Evin tout simplement parce qu'elles n'existaient pas à l'époque de son adoption".

N.G.