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Les risques économiques d'une Catalogne indépendante

La Catalogne prend un risque économique important

La Catalogne prend un risque économique important - Pau Barrena - AFP

Les indépendantistes catalans tentent d'organiser ce dimanche un référendum sur l'autonomie de la région. Mais un divorce entre Barcelone et Madrid ne serait probablement bénéfique à aucune des deux parties.

Encore une fois l'Espagne et la Catalogne se déchirent. Ce dimanche, les indépendantistes catalans vont tenter d'organiser un référendum sur l'auto-détermination de la région, et ce malgré l'interdiction formelle de la justice et du gouvernement espagnol.

"Tout est prêt dans les plus de 2.000 bureaux de vite afin qu'ils disposent d'urnes et de bulletins et de tout ce qui est nécessaire pour que le peuple exprime son opinion" a affirmé à Reuters Carles Puigdemont, le président indépendantiste de la Catalogne.

Outre les raisons historiques qui font que le sentiment indépendantiste a été toujours été très fort en Catalogne (qui possède ses propres lois et sa propre langue), les autorités locales citent aussi des raisons économiques pour justifier leurs griefs envers Madrid. Elles estiment ainsi que la Catalogne verse bien plus à l'État central qu'elle ne touche en retour, chiffrant le déficit à 16 milliards d'euros. Chiffre que Madrid conteste en le situant à 10 milliards d'euros, soit 5% du PIB de la Catalogne, comme l'explique le Guardian.

Un jeu perdant-perdant

Il n'en reste pas moins qu'une séparation entre la Catalogne et l'État central serait un jeu perdant-perdant. "L'établissement d'une frontière donnerait lieu à une pertes d'emplois, de revenus et de richesses pour tout le monde, que l'on vive en Catalogne ou dans le reste de l'Espagne", assure à CNBC Alain Cuenca, professeur d'économie à l'Université de Saragosse.

L'Espagne perdrait ainsi une région qui représente 19% de son PIB, 16% de sa population, un quart de son tourisme et 14% de ses investissements étrangers.

En outre le pays se retrouverait dans le collimateur des agences de notation. Vendredi Standard and Poor's a constaté que l'Espagne avait fait d'important progrès mais mettait en garde: "Les tensions entre le gouvernement central et le gouvernement régional de la Catalogne (...) commencent à peser sur la confiance des entreprises et les investissements, ce qui pourrait compromettre les perspectives de croissance de l'Espagne", prévenait-elle. Le 11 septembre Moody's avait, elle, assuré qu'une sécession serait de nature à faire baisser la note de crédit de l'Espagne. Avertissement qui, au passage, valait également pour la Catalogne.

Risque financier

Dans une note publiée fin 2015, l'économiste du Crédit Agricole Léopold Jouven pointait le risque financier pour Madrid. À supposer que la Catalogne, en cas de déclaration d'indépendance, refuse de rembourser la dette qu'elle doit à l'État central (37,5 milliards d'euros), la dette espagnole augmenterait mécaniquement de 20 points de PIB.

"La sécession de la Catalogne remettrait en cause la solvabilité de l'Espagne, dont la dette publique serait très certainement dégradée par les agences de notation. La Catalogne est en effet une région prospère, qui est un contributeur net au budget du pays", confirme Éric Dor, professeur à l'Iéseg School of Management dans une note publiée le 19 septembre dernier.

Du côté de la Catalogne les dégâts seraient considérables également. Le ministre espagnol des Finances Luis de Guindos s'est voulu alarmiste en déclarant que la région perdrait jusqu'à 30% de son PIB et verrait son chômage doubler.

Dépendance à l'UE

Dans tous les cas les risques sont élevées pour la région catalane. Les exportations de la Catalogne sont importantes, représentant le quart de celles de l'Espagne dans sa totalité. Et si la France est son premier partenaire commercial, les trois suivants sont des régions espagnoles (l'Andalousie, l'Aragon et Valence). Or les économistes de Natixis soulignaient, dans une note de 2014 appelée "Espagne-Catalogne: l'impossible divorce" que l'indépendance catalane pourrait faire baisser de 50% ses exportations vers le reste de l'Espagne.

Sans parler du reste du commerce extérieur. L'indépendance de la Catalogne entraînerait de facto une sortie de l'Union européenne et de la zone euro, et donc l'application du tarif extérieur commun à ses produits. Ce qui ferait baisser les exportations vers les autres pays européens (60% des exportations de la Catalogne). En outre les investissements directs étrangers, réalisés à 80% par des entités européennes seraient aussi impactés, notait Natixis. Ces répercussions ne prennent pas en considération les questions monétaires liés à l'euro.

"Les risques de défaut sur les entreprises de Catalogne et d’Espagne augmenteraient également, sous l’effet de la récession qui résulterait de la perturbation des échanges commerciaux (…) et de l’incertitude qui compromettrait les investissements", relève aussi Éric Dor.

Délocalisations

De nombreuses entreprises ont par ailleurs leurs sièges en Catalogne et pourraient ainsi déplacer leurs activités autre part en Espagne. C'est le cas du géant autoroutier Albertis, de Mango, des parfums Puig (Nina Ricci, Paco Rabanne) ou encore de la troisième banque du pays, la Caixa Bank et de Banco Sabadell. Des relocalisations qui affaibliraient alors fortement le tissu productif catalan certes puissant (42% des entreprises de plus de 200 salariés sont situées en Espagne).

Enfin et non des moindres, comme le soulignait Léopold Jouven, une sécession de la Catalogne entraînerait une sortie de l'euro "et donc l’impossibilité pour les banques catalanes de se refinancer auprès de la BCE, ce qui amènerait à la mise en place d’un gel des dépôts, voire d’un plus large contrôle des capitaux".

L'ensemble de ces dégâts potentiels amènent les observateurs à penser qu'une indépendance pure de la Catalogne ne sera en aucun cas l'issue de ce dimanche. Stephen Brown de Capital Economics table ainsi sur un compromis avec Madrid qui accorderait plus d'autonomie fiscale à la Catalogne.

Julien Marion