BFM Business

"Les acteurs du public doivent payer leurs commandes même s'ils n'ont pas de budget"

Pierre Pelouzet, le médiateur interentreprise, était l'invité de Stéphane Soumier dans Good Morning Business ce 24 novembre.

Pierre Pelouzet, le médiateur interentreprise, était l'invité de Stéphane Soumier dans Good Morning Business ce 24 novembre. - BFM Business

Pierre Pelouzet, président de la médiation interentreprises, était l'invité de BFM Business ce matin. Il y a expliqué que son organisation se pencherait désormais sur les retards de paiement du secteur public envers les entreprises.

Ce week-end, le gouvernement a dévoilé la liste des cinq plus mauvais payeurs du pays. Cinq noms - Numericable, SFR, Airbus Helicopter, Paul Predault et Comasud- qui ont fait grand bruit. Une liste dévoilée pour frapper un grand coup à l'heure où les retards de paiement des entreprises atteignent des sommets. Le gouvernement s'est engagé à publier régulièrement le nom de ceux condamnés aux plus fortes amendes pour avoir attendu le dernier moment pour régler ses factures. Le point sur la situation avec Pierre Pelouzet, le président de la médiation interentreprises, qui gère ces dossiers.

Les centaines de petites entreprises qui n'osent pas dénoncer les grandes qui ne les paient pas ont-elles toujours peur?

Il fallait un choc, il a été créé par la publication des noms. Les mentalités sont en train de changer. Je vois des acheteurs et des financiers qui sont en train de faire bouger les choses. Mais on ne peut pas se permettre d'attendre. Ça ne suffit pas une mesure choc de temps en temps. On a beau dire que ça va mieux, les entreprises continuent de voir 14 milliards d'euros de retards de paiement ne pas arriver dans les caisses.

Le retard de paiement atteint 14 jours en moyenne dans le privé, 16 dans le secteur public. C'est quand même l'Etat qui reste le plus mauvais payeur?

Emmanuel Macron m'a confié lundi une mission élargie: la médiation que je porterais sera ouverte indifféremment pour le secteur privé et public. Les entreprises pourront nous saisir, comme d'habitude, gratuitement, confidentiellement, rapidement. Notre taux de succès est de 80%, donc ça vaut le coup de nous saisir. Que les donneurs d'ordre soient privés ou public, le message aux entreprises c'est saisissez-nous, n'attendez pas, ne vous laissez pas faire.

Reste que les sujets ne sont pas les mêmes dans le public. Dans le privé, il y a les maladroits, ceux qui ont des systèmes très compliqués, qu'on retrouve dans le public, et il y a ceux qui décalent volontairement les paiements pour améliorer leur ratio de trésorerie. Cela n'existe pas dans le public, en revanche, on a des problèmes de budget. Un des objectifs que je veux me donner, c'est de travailler avec tous les acteurs du secteur public pour trouver des solutions même quand il n'y a pas de budget.

La DGCCRF a effectué 2.500 contrôles. Au regard des 3,2 millions d'entreprises en France, n'est-ce pas une goutte d'eau?

Ça commence par être une grosse goutte d'eau, parce qu'elle commence par les grandes entreprises, ce qui est normal, parce que le problème se perpétue en cascade à partir du haut. 2.500 contrôles, cela touche pas mal de grands groupes. On voit que ça marche puisque grâce à la loi mise en œuvre il y a plus d'un an, ces contrôles peuvent se transformer en sanctions. Des sanctions qui peuvent être publiées. On sent que ça va créer un réflexe aussi, parce que les entreprises n'aiment pas que leur nom soit publié.

Pour autant, je ne suis pas un fervent partisan de la dénonciation, du "name and shame" comme l'appellent les anglo-saxons, mais encore une fois, on est face à un tel problème, à un tel niveau, à un tel danger -je le rappelle, on parle de 50 entreprises par jour qui disparaissent- on ne peut pas se dire qu'on continue comme on faisait jusque-là. Il y en aura d'autres, au fur et à mesure qu'il y aura des amendes, les plus importantes continueront d'être publiées. On espère qu'il y en aura de moins en moins. Le but, ce n'est pas de mettre des amendes, c'est que les entreprises, les TPE et PME de notre pays soient payées en temps et en heure. Soixante jours, c'est largement suffisant pour payer une entreprise. En Allemagne, les délais sont encore plus courts.

N.G.